• Assieds toi deux Minutes.. (113)

     

    Je comptais récupérer ma voiture parquée sur le square en face des Champions et rentrer sans perdre de temps. Cela aurait pu être un bon jour. Je pensais. Parce que finalement cette vie ne tient à rien. Au lieu de réfléchir nous pourrions tout aussi bien jouer chaque journée qui commence à pile ou face. Puis en quelques mots trouver des explications à ce destin en faisant semblant de croire que nous y sommes pour quelque chose. Remplir d'histoires tout ce vide ne me semble pas une affaire si compliquée. J'ai beau être un grand menteur, je ne suis pas dupe au fond de moi. La seule énigme qu'il me resterait à élucider serait de savoir pourquoi malgré tout je m'obstine de cette manière. Je n'en sais pas plus que les pingouins qui gèlent sur leur banquise. C'est peut-être pas une vie pour eux non plus mais comme ils n'en ont pas d'autre de rechange;... Ils continuent, et moi je fais pareil. Les rues étaient à peu près vides. Même en plein été en dehors de la petite place centrale c'était une sorte de désert passé une certaine heure. La lune luisait à peine comme si elle aussi ressentait la fatigue. Oui je me sentais à plat. Pas physiquement mais je souffrais de ma solitude. Terriblement. Bien plus que durant les nuits sombres et glaciales des hivers dans la montagne avec pas un rond et pratiquement pas de chauffage. Maintenant j'ai déniché quelques bonnes copines pour mes besoins virils. Une bande de rigolos qui oublient jamais de me taper dans le dos. Un boulot et surtout le meilleur des copains même si je ne le vois pas tous les jours et en ce moment il doit avoir un agenda particulièrement chargé. Pourtant je traîne des pieds pour toutes ces raisons en retournant vers ma voiture. En aurais-je jamais assez je voudrais savoir. Moins d'une heure et de nouveau voilà la face du monde qui change. Ce qui me ramène aux fondamentaux. Les hommes se noient dans leurs illusions. Leur sort m'emplit de pitié. Quand au vieux soleil qui demain renaîtra il se moque de leurs souffrances. Son boulot est de s'occuper de la vie. Pas de nos aventures tristes et ridicules. J'ai même beaucoup de mal à croire qu'un Dieu quelconque ait pu imaginer ce que nous sommes réellement. Un pareil mystère m'assomme ou finira par y arriver si je ne me dépêche pas de rentrer me coucher. Remplir le Vide Soudainement ne me Paraît plus si Facile..: Je suis lourd comme une bête mais je suis pressé de rentrer. Alors je finis par accélérer le pas. J'évite donc le trottoir des Champions soupçonnant des groupes toujours à l'intérieur. Je ne me sens pas d'humeur à reprendre la conversation. Puis au moment de traverser le square qui est dans l'ombre je devine une présence sur un banc. La rougeur fugace d'une cigarette dans le noir et une ombre fragile dans ce halo. Je croyais que t'étais rentré.. Me fait une voix qui se révèle être celle de Lou. Qu'est-ce que tu fais là.. Je lui demande en m'approchant. Assieds toi deux minutes.. Elle me fait et se pousse sur le banc de fer. T'en veux une.. Elle me demande avec sa cigarette levée. Non merci.. Qu'est-ce qui ce passe.. Je murmure presque mais je suis si près qu'elle peut m'entendre. Elle tire à nouveau sur la cigarette. J'en avais un peu marre ce soir.. C'est toujours la même chose dans ce bar.. C'est comme un disque qu'on remet tout le temps.. Et par moments ça ne m'amuse plus.. Exactement le soir où j'avais vraiment envie de boire un coup.. Mais ça va pas.. Elle soupire puis se tait et je devine ses jambes découvertes dans l'ombre de l'eucalyptus. Toi aussi t'en avais marre ce soir.. Tu t'es barré.. C'est pas vrai.. Elle ajoute au bout d'une minute durant laquelle j'observais la nuée d'étoiles dans le ciel noir en évitant surtout de réfléchir à la situation. C'est vrai.. Je lui dis alors. Elle soupire et me répète. Je boirais bien un coup et c'est pas un mensonge.. Moi aussi. Je lui fais. T'as une bagnole.. Moi j'en ai pas. Sinon je serais déjà parti ailleurs cette nuit. On peut essayer d'aller ailleurs.. Si ça te dit.. Je proposais la voix tremblante. Je m'étais abstenu de toute réflexion consciente pour en arriver là. Seulement je tremblais de tous mes membres quand nous nous sommes levés. Je priais Dieu pour qu'aucun dans le bar ne nous remarque et vienne tout gâcher. Mais heureusement ma voiture se trouvait à deux pas. Ma Vieille Baleine.. Je démarrais et prenais la direction de la vallée à toute petite vitesse. Je tremblais toujours au point qu'il m'était douloureux de conduire. Je savais qu'une seule solution s'offrait à nous pour être tranquilles. Aller chez moi. Dans mon antre sacré qu'aucune femme n'avait jamais foulé. Un lieu pur comme un ancien sanctuaire. Et dire que j'allais renier le majestueux silence de mon repère avec une sorte de Traînée.. Lou qui n'était pas faite pour inspirer quoi que ce soit. Seulement elle me mettait dans un état pitoyable et pas moyen de me calmer. Ses petites cuisses toutes nues dans l'ombre me rendaient dingues. Elle était jeune, plutôt charmante, et un peu bête. Voilà comment tout se résume. Je dois avoir une bouteille de vin chez moi.. Je lui fis. Ca me va.. Elle répondit. Je n'avais alors qu'à bifurquer au prochain rond point et l'affaire était dans le sac. Je me dis aussi qu'un pareil sacrilège ne pouvait s'accomplir sans un sacrifice digne de ce nom et du grand pardon que cela nécessiterait; Je le sus dans la nuit en poussant la porte d'entrée devant elle. Excuse moi pour le bordel. Je fis mine de supplier. T'en fais pas. Elle ricana. Si tu voyais chez moi.. Tu te poserais pas autant de questions...

     


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