• Celle qui finit la Bouteille (90)

    Quand David a garé la voiture sur le parking du restaurant il devenait clair que nous n'étions pas venus jusque là pour rabâcher de tristes évènements. S'il est certain que le corps ne peut se passer de nourritures terrestres, rien ne nous empêchait de bricoler un plat de pâtes au beurre chez les deux gonzesses qui partageaient une maison appartenant celle là aussi à la congrégation, et plus ou moins mise au service de la communauté pour accueillir des gens de passage, des cours de catéchisme.. Etc.. Mais David très élégamment nous avait tous invité A Manger Dehors.. Histoire de décompresser un peu avait-il ajouté. Pour moi cela allait de soi, mais pour les femmes j'eus le pressentiment que nous allions en passer par une discussion et des arguments interminables. Quelle blague.. Je lus une joie enfantine et printanière sur le visage d'Isabelle. Ah.. C'est peut-être pas une mauvaise idée.. Elle fit. Bon.. Et bien.. Si vous avez deux petites minutes pour que j'aille me changer. Continua Sophie alors qu'aucune des deux n'eut le mauvais goût de faire remarquer qu'il était minuit passé. Pour ce qui était de Monique l'affaire était entendue. Ca va aller. Lâcha Isabelle d'une voix qui je le découvrais se révélait bien plus espiègle une fois débarrassée de la coulée de miel qui l'avait affectée tout au long de la soirée. Avec la pastille qu'elles lui avaient refilée même un cheval se serait mis à ronfler comme un bébé. Elles s'en étaient occupés et l'avaient accompagnée comme une enfant. Monique se laissait faire, n'opposait pas la moindre résistance, ne se hasardait à aucun commentaire. Il faut laisser Raymond cette nuit.. Et bien puisque c'est comme ça allons-y.. Aurais-je ajouté ensuite.. Il est au paradis et on va plus le déranger. Elle aurait répliqué qu‘il ne fallait surtout plus faire de bruit. Raymond il est comme ça;. Il aime bien son indépendance.. Il m'était venu l'idée qu'elle allait mourir à ses côtés mais qu'elle continuerait à vivre en vertu de principes qui lui échappaient. A la manière d'un gros animal.. Nos deux femmes étaient devenues tout à fait présentables après s'être changées et un brin de toilette. Je devinais un côté métallique chez Sophie.. Ou comment dire, mâture aussi. Il y avait quelque chose de la maîtresse en elle. Une femme à la voix naturellement posée sur le tranchant d'une lame de rasoir. Chaude et métallique avec une prédominance de l'un ou l'autre élément à volonté sans que l'on puisse définir lequel des deux dominait réellement l'autre. D'instinct je me méfiais. Elle pouvait avoir l'air aussi généreuse qu'elle voulait. Dans tous les sens du terme. Mon petit doigt me disait qu'il valait mieux éviter de l'avoir comme ennemie. Mais il ne m'en disait pas plus et encore moins le genre de sujets qu'il était préférable de contourner pour que tout se passe bien. Comment ne pas s'étonner après l'honnête exposé de ces à priori que mon cœur se mit de lui même à pencher pour la plus douce Isabelle. Mon esprit plus logique me disait pourtant que nous nous retrouvions sur un terrain spécial avec ses propres règles humaines, néanmoins les pulsions parlent d'elles mêmes dans nos corps où alors si je généralise un peu facilement il en est ainsi pour moi. De me retrouver en pleine nuit pratiquement au corps à corps avec une femme somme toute attirante après des heures passées dans la proximité immédiate du mystère cruel de la mort et la souffrance, me poussait vers la barbarie. Il n'est bien sûr pas question là d'empoigner une hache pour m'en aller démembrer mon prochain, plutôt d'une volonté certaine de me conduire comme un barbare et par exemple de tringler sauvagement une femme très respectable, douce et gentille, serviable et humaine jusqu'à l'abnégation, de surcroît phagocytée d'une grande morale spirituelle. Je me disais et croyais. Au sortir de la chambre mortuaire donc, je me sentais d'humeur à ripailler et m'envoyer n'importe quelle gonzesse, et celle-ci ferait encore mieux l'affaire qu'une autre. Elle avait choisi une jupe légère à volants et j'adore ça. Un vêtement d'été propice aux joies de l'esprit qui n'aime rien tant que la matière fluide et virevoltante et en un mot vivante. J'y voyais dans ce signe comme une invitation quoique assez floue. Je déteste plus que tout interpréter le hasard à mon profit et me tromper lourdement. Le goût misérable que l'erreur laisse en bouche(et que je connais..) est aussi amère qu'insupportable. Donc j'attendais pour voir. Ca ressemble à un bouge à marins cet endroit.; Laissa échapper Sophie sur le parking du bar restaurant de nuit. La mer à quelques pas gémissait et son goût salé et vert nous pinçait les narines. Je ne sais pourquoi nous restâmes en ligne à admirer le néon rose et bleu qui illuminait les effluves au point qu'elles scintillaient comme des atomes chromés dans la semi obscurité du fait de la lune se reflétant au large. Nous étions quatre ainsi fixant le vaisseau nocturne qui embarquait quelques humains en quête de vérités alternatives mais seulement pendant les heures d'ouverture. Pour nous l'affaire se présentait bien plus clairement. Nous avions besoin de décompresser comme l'avait souligné David et à juste titre. Personnellement je me disais que Raymond payait la tournée avec une poignée de pièces qui n'étaient pas un simple mélange de nickel, de cuivre, ou d'acier, mais de belles petites rondelles d'humanité. De fines et toutes rondes tranches de viande marinée qu'il faut se dépêcher de consommer avant qu'elles refroidissent et perdent leur goût sacré. A ma droite justement j'avais Isabelle qui frissonnait dans une veste de velours et sa jolie jupe légère qui j'en étais certain lui donnait la chair de poule aux cuisses(ni bas ni collants..). Je me tournais vers elle et elle se tourna vers moi en retenant des deux mains les revers de sa veste. Il fait frais en bord de mer. Je lui dis. C'est la brise du large. Elle me répondit. Je la prenais par les épaules et grommelais contre la brise fraîche. Elle se laissa faire et rien de plus puis je la relâchais. On serait peut-être mieux à l'intérieur. Il ne fait pas si chaud dehors. Dit David.;; Elle aura pas fait long feu.. Je fis remarquer plus tard en levant la bouteille de vin quand je venais de verser la dernière goutte dans le verre à pied d'Isabelle. Attention... Reprit aussitôt David en posant son index sur le rebord de ce verre. Tu sais comment on dit Isabelle. Celle qui finit la bouteille va se marier dans l'année. Alors c'est mon jour de chance. Elle s'exclama. Et avec qui je vais me marier.. Elle le dit pas ta bouteille.. Par hasard.. Non.. D'ailleurs ça ne me va pas. Moi je veux bien me marier mais seulement pour la nuit.. Ah.. S'écria David.. La maligne.. Comme ça elle peut se taper toute la cave une bouteille après l'autre et finir sur les genoux.. Je commence déjà par payer la prochaine;;. Je fis avec autorité.. Parce que moi je veux la voir saoul.. Hier c'était moi, il n'y a pas de raisons que ce soit pas quelqu'un d'autre aujourd'hui, et une femme honnête et méritante si possible pour respecter l‘égalité des sexes.. Oh mon vieux;. T'en tenais une sacré quand je suis venu te chercher tu peux le dire.. Je ne sais même pas si je peux raconter un truc pareil.. Si j'ai le droit.. Isabelle m'attrapa le bras et l'enserra contre elle.. Alors s'il me faut un mari pour la nuit j'en ai déjà un sous la main je vais pas aller chercher plus loin;. Je gloussai de plaisir et plus rien ne pouvait me surprendre avec cette bande d'humains dévergondés lancés dans la nuit marine noyée de la pâle lueur lunaire. La chaloupe des naufragés de l'humanité tanguait sous le faible jaune cru d'une série de lanternes ramassées sur des épaves et qui faisaient danser nos ombres dans la musique qui parfois nous obligeait à élever la voix pour nous entendre. Il fallait tenir au milieu de la chaude tempête humaine et charnelle. Nous étions loin d'être seuls dans la grande pièce au plafond culminant à six et sept mètres au dessus du sol. Mais tout le monde se foutait royalement de nos excentricités pour la simple et bonne raison qu'ils étaient tous aussi occupés avec les leurs qui n'avaient rien à nous envier. A croire que le rafiot donnait le mal de mer et rendait fou quiconque s‘avisait de franchir la passerelle. Ce qui nous délivrait aussitôt des chaînes blessantes de la vie sur la terre ferme. Au point que je n'hésitais plus à poser ma main sur la cuisse d'Isabelle que je découvrais chaude et mieux encore, palpitante. Elle me la recouvrit de la sienne et se tourna vers moi devant tout le monde. T'exagères pas un peu toi.. Elle fit pour faire savoir aux autres que je m'adonnais à quelque cochonnerie. Remarque;; Lui répondit Sophie en s'emparant de son autre main restée libre sur la table. Tant qu'il te la met pas dans la culotte.. Y a pas non plus de quoi en faire une maladie.. Exact. S'écria David en tendant l'index. Tu deviens une méchante fille là.. Médisante j'ajouterais même. Et bien elle est bonne celle là.. Râla Isabelle visiblement mécontente. Alors vas-y tiens alors, t'as qu'à là mettre dans ma culotte tant que t'y es.. C'est pas la peine de s'arrêter en chemin non plus si c‘est ça qui te fait plaisir.. Elle ne se contenta pas de ses absurdes paroles. Mais m'obligea à glisser mes doigts entre ses cuisses sous la divine robe légère et les fit glisser sur la chaleur de sa chatte.. Oh.. Ne manquèrent pas de s'émerveiller soudainement les deux autres se mêlant de mon intimité mais au point où j'en étais je n'avais plus grand chose à sauver. David soudain claqua des mains. Ne sommes nous ici cette nuit réunis par la grâce de Raymond.. Et si tu nous en disais deux mots;. Après tout tu es bien le seul à le connaître parmi nous.. On va faire mieux que ça;. Il continua en nous désignant de ses deux index.. J'offre le champagne à sa mémoire.. Mais vous remarquerez comme je me suis bien gardé de vous proposer de trinquer à sa santé;. Bravo David.. S'exclamèrent les deux femmes et Isabelle en fut si émotionnée qu'elle serra ses cuisses au milieu desquelles traînait toujours ma main. J‘apprécie ton geste;. Merci d‘y avoir pensé David.. D'un signe il fit s'approcher la serveuse celle-là même qui l'avait martyrisé la veille sauf que maintenant il avait retrouvé tous ses esprits et il lui colla sa main à la hanche comme s'il avait fait ça toute sa vie. Je repris à la suite. Je peux déjà commencer par raconter nos parties de pêche;. Ça vous va?.. Je demandais. Alors autant dire pour commencer que moi je n'avais jamais attrapé un poisson de ma vie avant de le connaître.. Je me rappelle même pas d'avoir eu l'idée un jour d'aller à la pêche.. Mais avec Raymond c'était pas pareil.. Nous nous enfoncions dans la forêt le plus loin que nous pouvions en portant notre matériel.. Je me demande maintenant que je nous revois si ce n'était pas plutôt ça notre vrai plaisir.. Mais dans les derniers temps c'est tout juste si je ne devais pas porter Raymond avec le reste;. Je sais maintenant ce que nous cherchions tous les deux sans l'avoir jamais dit une seule fois;. Le vrai silence.. Celui que les hommes n'ont pas encore eu le temps de polluer complètement.. Puis quand nous avions trouvé un bon petit coin qui nous convenait lui il fêtait son bonheur au petit cubitainer de rouge et croyez moi il faisait pas à moitié;. Quel enthousiasme mes amis.. Moi je partais un peu plus loin et je le laissais en paix .. Chacun faisait sa vie. Qu'est-ce que je peux dire.. J'avais la tête qui se vidait ou je me passais des films où je ne sais trop comment appeler ça.. Avec Raymond je ne me suis jamais senti de trop.. Et lui ne m'a jamais pesé.. Pour moi c'était ça le vrai miracle.. Bon il fallait que je me bagarre pour qu'il en reste un peu dans le cubitainer au moment du casse croûte.. Ca oui c'était un vrai problème;. Parce que lui s'il avait pu se traîner une citerne derrière remplie de vin il aurait pas hésité une seconde je peux vous le certifier.. Je passais mon temps à chercher des idées pour économiser le pinard. Un jour je l'ai plongé au fond d'une petite source pour dire que je le mettais au frais.. Le con,.. il s'est enfoncé dans un demi mètre de boue et a failli se noyer en glissant sur les pierres.. Il a fallu que je cours le rattraper Mais il l'a Eu.. Tellement émotionné qu'il a descendu la moitié en une fois avec la bonne excuse qu'il s'était trouvé ce cochon.. Nous nous esclaffâmes comme quatre animaux ivres et sauvages et je remarquai dans la cohue qui suivit que si moi j'avais déjà la main au niveau de la culotte d'Isabelle David profitait de l'occasion pour peloter quelque peu Sophie très peu disposée à s'indigner de la chose. Y pensait-elle seulement puisqu'elle revint à nous causer de Monique à laquelle moi de mon côté je ne pensais plus du tout. Elle morfle quand même la pauvre.. Affirma-t-elle avec une moue écœurée. Pour nous c'est trop loin là où elle habite. C'est dommage.. Elle nous assura. Oui.. Mais il y a du monde sur place dans votre trou;. La mère Tapé, elles est bien cette femme.. J'ai connu une jeune aussi qui est pas mal aux Rencontres.. Elle porte un nom de fleur(agitant sa main ouverte et ses doigts..).. Margueritte.. Fit David.. Tu as raison; elle est très bien avec les malades;. Très douce. Même si elle parle pas beaucoup;.Sinon monsieur Aldouy ferait l'affaire.. Il est de chez vous non.. Il est plus tout jeune lui aussi.. C'est un peu comme la mère Tapé.. Ils sont un peu limites;.. Regretta David. Alors c'est vraiment un trou.. Il ne reste plus que les vieux chez vous.. non?.. Ricana Isabelle. Et les mecs comment vous faites là bas;. Vous devez pas être à la fête tous les jours ou je me trompe.. J'éclatais de rire devant tant de franche camaraderie érotique mais d'un coup je vis David se rembrunir. Heureusement le champagne arrivait en grande pompe accompagné d'un biscuit offert par la direction et surmonté d'un bouquet de tiges magiques qui flambaient au milieu du cirque libidineux où nos cœurs à tous les quatre je le savais s'étaient mis aux trapèzes volants pendant que déjà les deux femmes virevoltaient sous notre nez dans d'adorables jupettes blanches toutes pimpantes..


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