• Cette Image Brute (53)

    Je franchis la lourde porte du petit immeuble de pierre grise alors que la nuit tombait, mais déjà depuis longtemps le soleil s'était planqué derrière la barrière montagneuse à l'ouest. Le calme légèrement désuet et gris me saisit dans le hall bordé de colonnes sombres autant que la grande croix au mur et son homme supplicié qui figea mon regard. Chaque étage correspondait à un logement mais il s'en dégageait un tel silence lourd et souterrain que l'on ne pouvait manquer d'y lire la marque d'une tribu spéciale et profondément engoncée dans l'étrange atmosphère. Une porte s'ouvrit alors que j'atteignais le premier étage d'où je vis sortir une ombre couverte d'un châle et se déplaçant avec des demi pas curieusement raides. La silhouette se tourna pour m'observer en refermant la porte calfeutrée. La femme que je qualifierais de vieille par une sorte de réflexe verbal s'adressa à moi. Vous allez chez monsieur le curé je crois. Elle me fit m‘enveloppant de son regard. Je répondis pas un sourire gêné. Oui, il m‘attend. C'est au troisième je crois... Bonsoir monsieur. Elle conclut sobrement tout en entreprenant la descente de l'étage à pas lents et s'accrochant à la rampe de bois patiné. David m'avait prévenu. Des gens de la communauté occupaient l'ensemble de l'immeuble; Je préfère te le dire. Mais te biles pas non plus. Ils sont très gentils et discrets. Je peux te l'affirmer. N'empêche que cette image brute qui me tombait dessus et dans laquelle j'étais le monsieur qui rendait visite à monsieur le curé de la paroisse avait de quoi m'effrayer. Je me suis même demandé si dans ce contexte il n'allait pas se révéler quelqu'un d'assez différent de celui que je connaissais et avec tout ce que cela pouvait comporter. Je réalisais seulement à cet instant que c'était bel et bien la première personne de ce genre que j'avais jamais connu dans ma vie. L'étrangeté soudaine de la situation me frappa d'autant plus que je le fréquentais depuis un petit moment déjà et que je n'y avais jamais accordé une si grande importance. Je montais alors jusqu'au troisième empli de sentiments diffus. Heureusement quand juste après que j'eus toqué à la lourde porte de chêne, il n'y avait pas de sonnette, David m'ouvrit armé d'un sourire qui balaya immédiatement toutes les interrogations. Il n'avait pas changé dans la journée, et il aurait fallu être malin à cet instant pour quelqu'un qui ne serait pas dans la confidence, pour deviner ce qu'il pouvait bien foutre dans sa vie. Heureux de t'accueillir chez moi. Il fit en m'offrant le passage...


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