• Comme une Flamme Divine (126)

     

    Il est temps de se remplir le ventre de bonnes choses de la terre qui donnent des forces. Je m

    'installe devant la petite table de bois sur ce qui me sert de terrasse et aussitôt je salue le père Joseph qui traverse le champ en contrebas.. Ca va.. Il s'écrie en faisant semblant d'enlever son béret. Il a son mégot au bec et je ne l'ai jamais aperçu sans son couvre chef. J'écarte les bras comme le christ pour qu'il comprenne et ma réponse muette semble l'enchanter. Il avance de quelques pas avec son coupe herbe sur l'épaule et se tourne à nouveau vers moi. Fait beau... Il grogne joyeusement. Je montre le ciel d'un doigt avec un geste de l'autre bras. Ce qui l'amène à s'arrêter dans sa course pour m'observer avec précision. J'ai laissé la musique à un bon niveau il faut dire, et il y a de quoi impressionner quand elle dévale le long pré jaunâtre comme une flamme divine. Mais je me doute que même d'aussi loin il doit me trouver un peu changé. De moi émanent à cet instant des vibrations qui frappent tout observateur. Qui sait si je ne baigne dans une brume de lumière. Le père Joseph de là où je suis ressemble plutôt à un épouvantail. Plus tard le téléphone sonne quand je m'apprêtais à avaler un bout de chocolat noir qui devait terminer mon repas. Je reconnais le numéro de Maggy et j'hésite bien une seconde. Pourvu qu'elle ne vienne pas me parler boulot. C'est pas réellement le jour. Mais à sa voix je devine vite qu'elle est tout pareil sur un autre sujet. Qu'est-ce que tu fais.. Elle s'inquiète. Tout baigne si je m'en tiens à sa voix très câline. Je termine de manger.. Je m'autorise à lui répondre alors que vu l'heure je devrais me sentir gêné par l'aveu. T'as raison.. Prend le temps de vivre.. Bon justement je viens de voir avec Martinez.. On a pensé à faire quelque chose sur les thermes;.. Ça va pas très fort en ce moment;. On se demande ici en bas comment relancer la clientèle;. Seulement je me taisais prudemment en l'écoutant. Tu m'accompagnes?.. Elle implora puisque je faisais le mort. J'avais beau me sentir rechargé à bloc je n'étais pas assez cinglé pour tenter de me défiler. Je mangeais à ma faim depuis quelques temps et je n'ignorais pas d'où me tombaient ces bienfaits. Oui et bien tu me préviens dès que t'es prête.. Je lui souffle en oubliant pas d'y mettre un minimum d'enthousiasme. Eh bien demain.. tu peux m'attendre à l'entrée?.. Quatre heures ça te va.. Oui.. Oui.. Je minaude en me souvenant que ce que j'appelle la maison du paradis se trouve juste un peu plus haut sur la colline de pierres. Autant dire que nous y serons et l'histoire est trop claire. Je peux parier à cent contre un comment va finir la journée. Ce qui me pousse à me gratter la tête. Je sens plus ou moins que je me fais manœuvrer en beauté par cette garce, et je suis assez partagé je dois dire. Ne sachant moi même ce que j'en pense en toute sincérité. Elle est futée.;. Je soupire. Perplexe j'en oubliais mon chocolat. Des images caracolaient sur l'écume des petites embrouilles humaines. Mes yeux pourtant grand ouverts ne voyaient rien de précis du fond de paysage. Les couleurs, les détails, tout était en bouillie. J'espère qu'il va pas oublier de m'appeler. Je fis à haute voix. Pensant à Salvador. La veille au soir je le prenais de haut avec ses histoires que je trouvais si incongrues. Soudain tous les morceaux du puzzle se mettaient en place. Dans mon laboratoire des affaires humaines aussi grand que notre vallée rien n'arrivait par hasard. Sauf qu'il n'y avait pas de savant fou quelque part à triturer nos chromosomes. La règle était que chacun se débrouillait plus ou moins seul au fond de l'éprouvette. Avant de plonger dans la grande marmite. Se frottant dans nos solitudes. Bouillants et frissonnants. Reluquant nos petits secrets les uns les autres en douce. Occupés à se renifler l'entre jambe comme d'autres consultent un thermomètre ou l'horoscope; Parfois j'avoue cela remonte bien le moral; Nous ne sommes que de petits artisans après tout. Tous donc nous nous entraidions. Danielle m'avait réveillé un soir. Rachel s'était occupé de la mécanique et huilé les vieux cylindres. David redonné l'envie de discuter, le goût d'être au moins deux sur terre à partager une tranche du gâteau amer. Gros Louis me trouvait un job. Je sortais Maggy de sa médiocrité relative qui l'aurait achevé de regrets dans quelques années à peine. Je permets à Monique de rentrer Chez Elle.. Le cœur en paix et c'est pas rien. Elle mourra tranquille. Autant de petits gestes mais j'en oublie des milliers là.;. Qui soulèvent des questions et font réfléchir puis dans la foulée désignent le chemin à suivre. Il suffit de montrer un peu de bonne volonté au milieu de ce petit monde. Chacun a un petit quelque chose à offrir pour rendre un soir, une nuit, moins sinistre. (Je ne dois rien à Lou par exemple...) Offrant dans l'accalmie une solution à des dilemmes éprouvants. Salvador dans son insistance qui jusqu'à la veille me laissait complètement froid après le coup de fil de Maggy est mon sauveur dans ma lutte inégale avec Potiné. J'ai une envie folle de le seconder dans son boulot. Je me promets de l'accompagner bravement sur tous les fronts immobiliers face à ces anglais qui achètent déjà la moitié de la région. Vendre jusqu'à la dernière brique de ma vallée ne me coûterait pas une once de culpabilité. Puisque Juliette et cela aurait du me crever les yeux depuis longtemps, navigue dans ces eaux troubles et curieuses des affaires immobilières. Je me retrouverais en première ligne et Potiné n'y pourra rien. Il peut crever...

     

     


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