• De Notoriété Publique (66)

     

    Je parvenais un peu avant elle à la cafétéria du petit supermarché que je connaissais bien. Un endroit parfaitement représentatif de notre vallée sans l'ombre d'une frénésie. Je me fis servir un café au comptoir et pris l'escalier pour accéder à l'étage déserté à cette heure. Une longue baie vitrée s'ouvrait sur les montagnes éclaircies par le ciel clément avec toutefois quelques gentils nuages persistants sur les sommets. Mais ils n'étaient là que pour apporter une touche harmonieuse au tableau et qui en douterait. Je m'accordais quelques minutes de paix et de patience absolue pour sucrer et déguster mon café. Le monde de toute manière ne changera pas son rythme inaltérable parce que je rencontre des problèmes. Alors autant prendre le temps comme j‘en ai envie. Calme et patient dans la mesure de mes possibilités. Mon esprit admire puis se perd dans la majesté et la beauté des montagnes que je vois s'élever comme une suite de reliefs qui semblent conçus pour agripper l'âme et l'élever graduellement vers la perfection du ciel sans obstacles. Des sommets les plus bas aux plus hauts couverts de neige en arrière plan. Une telle disposition ne peut être le fruit du hasard. Je me dis. A moins que l'œil et l'esprit humain n'aient eux mêmes inventés la beauté à partir des éléments Pris Tels Qu'Ils Sont.. Dans le seul but de chasser la laideur inacceptable qu'ils observent effarés et vomissant les uns chez les autres. Ouaih.. Je fais à haute voix malgré que je sois seul(où j'en profitais justement..). C'est beau à pleurer et totalement gratuit. C'est bien le comble. D'ici à ce qu'un jour de gros malins ne viennent nous coller une taxe sur les montagnes et la mer sous prétexte que ça fait du tord au commerce qui lui paye des redevances et investit pour notre bonheur.. Il faut s'attendre à tout.. Je termine sur cette réflexion mon café, très bon d'ailleurs, et manque une fois de plus de me retrouver en colère avec toute ma race. Si je pouvais oublier cinq minutes la laideur des foules et me concentrer sur Les Vrais Êtres humains.. qu‘il me suffit de tendre le bras pour toucher. Je rumine. Ce qui me ramène à Raymond et je sors mon téléphone sans attendre. Monique. Je fais dès qu'elle décroche. Oui.. Ah, c'est toi.. J'allais t'appeler justement. Alors comment ça se passe. Je reprend aussitôt. Elle s'astreignait à retenir ses larmes, m'amenant à la remercier intérieurement. Ils vont le réveiller dans la soirée. Elle s'efforça de m'annoncer. Malgré que ses muscles exténués l'obligent à haleter au moindre effort. Si tu veux venir.. J'entendis se glissant hors de l'écouteur. Comme une plainte ignoble. Je me mordis les lèvres en me demandant sincèrement ce que je pouvais faire de mieux. Elle était visiblement à bout. J'ai un rendez vous important cet après midi. J'ai tenté de l'annuler.. Mais ça pose apparemment trop de problèmes. Non.. Non.. Fais ton travail. Elle murmura faiblement. Je sais comme tu as eu du mal à le trouver.. Ne fais pas de bêtises. Ca ne servirait à rien.. Je t'en prie. S'il te plait Monique. Arrête. Je l'implorai aussitôt et je n‘en pouvais plus de le faire. Je serais là en fin de soirée. Les toubibs sont sûrs de le rendre conscient au moins.. La questionnais-je encore comme si je n‘y croyais pas tout à fait.. Oui.. Je crois que oui.. Ils ont l'air de bien savoir ce qu'ils font. Je partirais d'ici vers les cinq six heures.. Je vais me débrouiller pour tout bâcler au plus vite.. Et il me faudra à peu près une heure et demi pour arriver et le temps que je trouve l'hôpital aussi. Pour huit heures au plus tard je devrais être là. Je lui affirmai en me pinçant la bouche. Essaie de te reposer un peu. Je tentais une dernière fois en devinant les sanglots retenus au bord des lèvres. Moi c'est ma honte que je ravalai en raccrochant. Mon indifférence. Mon inhumanité. Ma couardise.. De me retrouver seul avec Monique.. M'imaginant les bras qui m'en tomberaient et sans la moindre idée de ce qu'il faudrait que je fasse ou même seulement dire.. Parce que rien dans ma vie et de ce que j'ai appris ne m'a préparé à ça. Je viens d'une génération plus folle que toutes celles qui l'ont précédé. Une couche spéciale de l'humanité qui a tout oublié des règles naturelles régissant la vie et la mort des petits hommes. Qui ne connaît pas plus les saisons de la vie que la nature qui mélange allègrement l'hiver et l'été depuis quelques années. Qui a certainement perdu la mémoire. Autant qu'un certain nombre de règles Indispensables que ceux qui étaient là avant n'omettaient jamais de se transmettre de père en fils et le plus rapidement possible. N'hésitant pas à servir eux mêmes d'exemple. Afin qu'il ne soit jamais trop tard. Une drôle de population se croyant autorisée à recommencer L'Existence environ tous les dix ans. Pour son seul plaisir mais si possible avec une bonne pension et les doigts dans le nez. Ce qui est tout de même nettement plus Ludique dans l‘amertume allègre inventée de toutes pièces pour donner le change si jamais certains voudraient remettre en cause le consensus. N‘est-il maintenant de notoriété publique que Nous Ne Vivons Qu‘une Fois.. . Quand une idée Aussi Forte passa dans le domaine public ce fut une sorte de révolution touchant l'ensemble du petit monde occidental. Rencontrant un succès tel qu'il faut désormais s'attendre à tout. D'ailleurs je ne vais pas me déguiser en noir pour la mort de mon ami, costume, cravate, et tout le cinoche. Où alors sans le faire exprès et là on pourra vraiment penser que je ressemble à un clown. J'éprouvais une peine sincère pour Raymond. Mais je calais avec Monique et ne savais quoi faire de son authentique souffrance. Obligé de constater qu'elle n'avait même pas la chance de s'endormir dès à présent pour l'éternité et se reposer d'une vie dont je ne savais pas grand chose. Faute de quoi je me serais bien laissé aller à la qualifier de Vie de Merde. Mais quand je m'exprime ainsi je prends un peu mon cas personnel pour une généralité et il convient de relativiser aussi...


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