• J'ai vu de la Lumière (43)

    Elle m'était un peu sortie de la tête cette dernière, mais je me souvenais de l'histoire au plus petit détail près. Je sentis immédiatement un vrai départ de feu dans mes reins à l'idée de la retrouver. J'eus la vision soudaine d'un monde qui se remontait pièce après pièce comme un jeu d'enfant, un de ces jeux en bois qui servent à construire des villages et des châteaux que les gamins se dépêchent de mettre en l'air à la première impulsion qui leur passe par la tête. Puis il faut tout rebâtir et c'est une nouvelle vie qui recommence. Je payais à mon tour un verre à la cantonade. Tout le monde. Fit Michael en dessinant un cercle avec le doigt. Tout ceux que tu sais. Je répondis. Il repartit vers ses pompes et je me mis à admirer le sol. Je l'admirais d'autant plus que je me sentais fatigué. Je n'avais plus l'habitude de suivre pareil rythme, non que les choses étaient difficiles ou compliquées, mais notre espèce certainement se fragilise à force d'entendre parler du poids de la vie et de toutes les calamités qui l'affectent, on dresse l'oreille à ce radotage, on y prête un peu trop d'attention et on finit par trouver que le moindre effort pèse deux fois son poids réel. Ce fut David qui me secoua. J'ai vu de la lumière. Il fit. Serrant des mains autour de lui. Je voyais bien qu'il aurait souhaité que ce genre de petit geste reste naturel, et qu'en dehors des heures de boulot il avait le droit de venir boire un coup comme tout le monde et rien de plus, mais il ne pouvait empêcher des réminiscences de comportement issus d‘âges anciens, un atavisme jouissif qui remontait de l'inconnu cérébral et se manifestait par des courbettes ou des questions à la con que nul se serait permis de poser au demeuré du coin. Vous êtes bien installé,.. et comment vous trouvez notre petite ville, notre vallée,; nos montagnes, nos petits vieux, nos enfants, nos moutons, le climat par ici, et c'est pas le même que celui d'où vous venez..., c'est plus humide, et encore et interminable, chacun s'empressant d'y ajouter son ânerie personnelle. Que cela plaise ou non un curé fera toujours bande à part, fût-il le meilleur et plus sain des copains. Il expédia ses obligations et revint vers moi. Tu bois un coup. Pour t'accompagner, je suis bien obligé. Je répondis. Il y a pire comme obligation tu crois pas. Alors vu ainsi, on ne va pas se dégonfler, une brune pour la route docteur... Je fis. Tu avances en ce moment. Il me demanda. Je ne vois pas très bien ce que cela signifie pour toi, avancer, pour être franc. Il baissa quelques secondes son regard. Je crois que tu comprends, mais il se peut que j'outrepasse mes droits. Excuse-moi. Je fis celui qui n'avait rien entendu. Pour être sincère avec toi, je passe par des moments un peu compliqués actuellement. C'est sans doute ce qui me rend aussi abrupt. Mais bon c'est pas le meilleur endroit pour en parler, et puis tu dois te dire que c'est moi le curé après tout, on vient me voir quand on ne sait plus à qui s'adresser, ou qu'une grosse connerie reste coincée quelque part et refuse de passer, réponds moi franchement, t'imaginais pas qu'un prêtre puisse se poser ce genre de questions. Je finis par le regarder en face. Tu as raison, mais il n'y a pas que ça. On arrive très vite à un âge dans lequel on peut perdre l'habitude de parler. Je vais être encore plus honnête avec toi, au moins aussi sincère que tu penses l'être toi même, je n'ai pas dû avoir une vrai discussion avec qui que ce soit, homme, femme, animal, même les plantes;. Non.. J'exagère maintenant.. Les plantes je leur parle en vérité.. Mais avec les autres.. depuis sinon.. depuis tellement d'années. J'ai dû oublier le mode d'emploi si ça se trouve, en tout cas je manque d'entraînement. Je ne suis même plus sûr d'en avoir encore Assez envie. Tu vois comme c'est Grave.. Il me posa une main sur l'épaule qui était tournée dans sa direction. Ce qui provoqua en moi presque un cataclysme. Comme si j'avais ignoré depuis toujours qu'un ami pouvait agir ainsi et que le toucher de cette main procurait une sensation vraiment particulière, unique. Je savais pour ce que tu viens de dire. Il fit. Je ne vais pas jouer au devin, je déteste ça. Mais je savais. C'est d'ailleurs pour ça que t'écris. Comment sais-tu que j'écris, je ne me souviens pas que l'on ait parlé de ça. Je l'ai su en venant chez toi, ça se renifle à la porte d'entrée. Et puis, surtout, il y a ton regard, constamment tourné vers l'intérieur. C'est un signe qui ne trompe pas...


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