• L'Éternité du Bout des Doigts (124)

     

    Comme j'avais quelques heures tranquilles devant moi je voulais en profiter pour prendre l'air et respirer à pleins poumons. David venait de m'appeler alors que je me trouvais sur le chemin de terre. Je pilais sur place en reconnaissant son numéro. Ca va.. Il me fit. Mais pourquoi cherchait-il lui aussi à savoir si ça allait. Je connaissais d'avance ce qu'il avait à me dire et presque je regrettais de n'y avoir pas remédié. Il m'aurait suffi tout simplement de lui dire que j'étais le plus heureux des hommes en lui prêtant ma tanière, à la seule condition qu'il ne se sente pas obligé de me remercier sous quelque forme que ce soit. Il fait beau.. Je lui fis en observant effectivement le ciel bleu et pur. Il ricana.. T'as raison, il fait beau.. Mais je ne te prends pas pour la météo.. Enfin.. Merci pour le renseignement.. Ça m'évitera de choisir un châle tout à l'heure quand je vais sortir.. Allez c'est bon.. Je grognais.. C'est une journée bizarre aujourd'hui pour moi;. Je me sens tout drôle.. Ça arrive.. Il siffla gentiment mais d'une voix ferme. Tu as quelque chose de prévu vendredi soir?.. Sans perdre de vue le ciel je lui fis savoir que non. Je crois pas .. non.. J'ai pensé à aller prendre un verre sur la côte.. Qu'en dis-tu?.. Je respirais longuement. Très bien.. J'approuve des deux mains;. On se rappelle d'ici là.. On peut faire comme ça.. Il conclut. Puis. Je te dis merci.. Enfin.. Tu te doutes.. Je sais.. Je sais.. On ne dit pas merci à un ami.. Tu me raconteras.. Je ricanais. A plus.. Je m'enfonçais dans le siège me jurant que je ne méritais pas ce copain. Je ne redémarrais pas et finis le chemin à pied avec la machine à café que je présentais en ces termes à la maison. Tu seras bien.. Ici.. Tu verras.. C'est une bonne petite maison pour une gentille petite bête comme toi;. Je t'assure.. Je passais un short et m'en allais sur le sentier de derrière. Je souffrais, soufflais, et transpirais à grosses gouttes avant de me résoudre à m'asseoir sur un beau point de vue. Je voulais méditer sur une idée et des sensations qui me travaillaient depuis que j'avais quitté Monique. Cette façon de m'en tirer aussi facilement et un peu trop souvent à bon compte. J'étais allé la retrouver tête basse et repentant. A la sortie j'embarquais aussi bien les honneurs du jury que la machine à café. Mon idée était que tout le monde pouvait avoir raison. Il suffisait de changer l'angle d'observation des évènements humains. Monique voyait juste. A Mon Âge;. Mais ce n'est pas ma vie. Ce qu'elle voyait. Seulement son médiocre reflet. Une illusion jouée par un acteur de cinéma. Parce que Moi.. J'étais quelqu'un à mille lieux de tout ce qu'elle peut imaginer. Mais qui pourrait jamais croire la vérité. A la vue de ce clown triste. Quand dans ma peau, à l'intérieur de l'Artefact.. Se débat un vrai humain que ses gros yeux ne peuvent soupçonner. Plus rien à voir avec la carcasse fatiguée qui se traîne au ras du sol. Celle que tout le monde croit voir passer dans la rue. Je ne vis pas seulement ce mystère, Je suis Le Mystère... Une réalité que j'affirme sans honte et sans complexe. Parfaitement silencieuse. Puis de quelle honte serais-je encore frappé dans mon silence. Je ne me vante pas puisque c'est la pure vérité. Oui.. A l'Intérieur j'Étais Vivant.. Tout paraissait obtus et sans espoir. Puis soudain j'avais un but idiot qui remplissait le vide et même débordait de tous les côtés. Tomber amoureux c'est comme de lever les bras au ciel et sentir l'éternité du bout des doigts; Je n'allais pas passer à côté. Et encore moins A Mon Âge.. Je n'avais jamais été aussi vivant qu'à la sortie de ces sombres années. J'avais appris le silence et une solitude moderne qui ne s'embarrassait d'aucun ennui. Un moine Zen qui roule ses pétards devant l'ordinateur. A la vraie fin de mon existence je me calerais dans un abri en interdisant à quiconque de s'approcher. Je me serais préalablement expliqué envoyant à tous ceux que je connais une clé numérique contenant ce qu'il faut savoir et que j'avais toujours caché à mon sujet. Qu'ils gardent mon amour et mon amitié aussi longtemps qu'ils y trouvent de la joie. Je leur parlerais de Jack Elias, qu'ils sachent enfin un peu de ce qui les troublait tant chez moi. J'avais un double et celui à qui ils serraient la main ou embrassaient les joues creuses n'était pas forcément le bon ce jour là. Mais je ne leur aurais jamais menti. Je ne mens jamais. Ce sont des réalités parallèles qui s'entrechoquent parfois et donnent cet aspect incohérent à des évènements ou des sentiments parfaitement cohérents. Je ne suis pas un menteur. J'ignore les impressions du mensonge. J'avouerais simplement une bonne dernière fois que mon univers est compliqué. Simple et silencieux en apparence. Chaotique. Truffé de labyrinthes et vertigineux quand on y habite. Par obligation, je suis bien obligé. Alors ils comprendront que quelques semaines d'une ultime paix me sont absolument nécessaires pour purger les toxines de toute une vie. Me vider les boyaux proprement comme mon crâne; Mais deux ou trois semaines comme j'ai déjà dit me suffiront. Il ne m'en faudra pas plus et je tiens peut-être avec ça la plus grande découverte de mon existence. Je leur dirai tout ce que je peux et leur donnerai ce que bien sûr je n'emporterais pas. Sans parler des choses matérielles. Mais à quoi me seront encore utiles mes secrets dans le froid sans fin d'après la vie.. Je les laisserai ici aux pieds de mes montagnes que je contemple amoureux d'elles à cet instant. En contrepartie rien ne devra venir troubler mon ultime recueillement. Deux ou trois semaines tout au plus me suffiront pour le grand nettoyage intérieur. Mais il me les faudra....

     

     


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