• Mon Numéro d’Humain (86)

    Daaaviid;;. Fit une voix dans notre dos pendant que nous atteignions la porte blanche vitrée d'un couloir qui m'inspirait une sorte de terreur profonde. Je me retournais d'instinct alors même que je ne m'appelle pas David. J'aperçois aussitôt deux femmes très correctes dans le genre qui me fait toujours marrer. Des mères de famille qui veulent faire croire qu'elles ont autre chose dans le crâne que ce que peut avoir un type comme moi par exemple. Ou le fameux David lui-même qui les accueille avec une mine de pain d'épice. Le regard sans passion d'un cheval castré. Ma chère Sophie... Il fait à la première qui a pris les devants et s'avance avec un grand sourire. Sans hésiter une seconde j'évalue que cette gonzesse pourrait se révéler un bon coup une fois reprise en main comme il faut. David l'embrasse et en fait autant avec sa copine sans lâcher l'épaule de la première. Sophie se tourne alors vers Monique que je n'ai toujours pas lâché (Ca partouze sec dans le malheur...)et lui sourit. Non. Le terme ne rend pas ce que j'ai pu ressentir avec cette apparition. Elle lui Offre..; Son sourire. Surmonté d'un regard baigné d'une gentillesse et d'une compassion démesurée. J'en suis moi même abasourdie. C'est tellement grand, presque effrayant. Tout ce qui arrive en un instant comme une explosion. Sous ma main Monique qui la fixe fond littéralement. Comme si le malheur qui lui servait de vrai squelette se dérobait et la laissait en plan pareille à une chiffe molle. Mais Sophie ne se contente pas de l'onction étonnante qui me coupe le souffle alors que personnellement je ne devrais pas me sentir concerné. Elle tend ses bras sans jamais la lâcher des yeux et s'empare de sa main qu'elle masse doucement entre les siennes. Nous voudrions vous accompagner dans l'épreuve difficile que vous traversez... Monique se contente de remuer doucement sa tête grise. Fascinée et vaincue. Bien incapable de répondre. Je comprends soudain ce qu'a voulu faire David. Il est tout bonnement allé cherché deux autres professionnelles de sa trempe en ce qui concerne les affaires humaines en général et plus spécialement le malheur. Parce que si ça se trouve je pense. Il en connaît d'autres tout aussi douées pour les affaires moins graves comme les mariages ou les naissances. Des qui savent rire et pleurer de bonheur quand il faut. Et à volonté.. Comme celles-ci ont l'air de parfaitement s'y entendre quand la mort rôde et qu'il n'y a plus rien à faire. Si ce n'est de soulager les vivants ou les empêcher de la suivre dans l'abîme sur un coup de tête et surtout si c'est pas l'heure. Il suffit le plus souvent de tenir jusqu'au lendemain matin pour se réveiller sur une nouvelle planète. Une vallée encore plus douce couverte de vergers aux fruits délicieux.. Après juste quelques petites heures d'un sommeil presque insignifiant.. C'est ça la vie..; Je me dis. Nous sommes des êtres de comédie voués à l'interprétation de leur propre existence. Forcément même à ce jeu là on en trouvera de plus doués que d'autres. C'est vrai aussi que d'un coup je me sens tout petit. Monique aussi qui devient si menue que bientôt elle aura retrouvé la taille de ses cinq ou six ans quand elle pouvait se mettre à pleurer sans que ça donne envie de l'étrangler. Très vite maman ou papa, ou dix autres personnes allaient se précipiter pour essayer de porter à sa place le minuscule fardeau. La suppliant de leur confier la misérable bêtise. Quelle connerie. Ou sont-ils aujourd'hui ceux là.? Monique souffre mille fois plus qu'alors. Elle a un million de fois plus mal. Son malheur est infini. Ses gémissements autrement plus sinistres. Ses plaies que j'ai vu de mes yeux sont puantes et incroyablement douloureuses. Au bord du gouffre elle perd l'équilibre. Elle vit mais c'est pire que la mort. Pourtant c'est maintenant qu'elle doit subir les feux de l'enfer sur terre comme un animal avec personne De Normal.. autour qui comprenne quoi que ce soit de censé à ce qui lui arrive. Parce que la Vie est Tellement Dure pour tout le Monde... Alors très doucement je la lâche et la confie aux professionnelles. La confiance absolue qui vient de naître en moi me porte comme le vent chaud et capiteux. Pour un peu je voudrais être malade moi aussi et sentir une chouette femelle bonne et capiteuse s'accroupir à mes côtés et que j'en profite aussitôt pour lui renifler le cul;;. Pour ne pas changer nous retrouvons le toubib et son équipe sur le pas de la porte. Décidément il campe dans le coin ce dernier. Il a l'air toujours aussi marrant aussi. A croire que la mort le fait rigoler et ce n‘est peut-être pas pour rien qu‘il en a fait son boulot. Ah voilà de la bonne compagnie.. Il fait. David le fixe dans les yeux et je me doute de ce qu'il peut bien lui demander de cette façon. Le toubib qui définitivement a l'air d'un vieux gamin au point que je le vois très bien en culottes courtes, lui répond d'une simple petite moue qui ne m'échappe pas. J'ai tout compris. Il n'y a plus que Monique à ne pas savoir elle qui flotte dans un brouillard dont elle ne redescendra peut-être jamais. Il peut vous dire quelques mots.. Inutile de le fatiguer aussi.. Allez.. Je vous laisse.. On se reverra.. Notre petite bande pénètre dans la chambre sur la pointe des pieds presque. J'ai lâché Monique maintenant que Sophie a pris la relève. A trois mètres de moi j'aperçois une ombre blanche qu'une infirmière recouvre d'un voile avant de s'en aller En Souriant.. Serions nous à la porte d'un paradis ignoré. Je pense. Tout le monde semble devenu si doux et souriant. Tout baigne dans un bonheur calme et compatissant. La lumière elle même surgissant de nulle part nous enveloppe comme une aura. Raymond est devant nous et d'une certaine façon devenu le centre du monde. Je me demande ce qu'il pense lui même de tout ce mic mac et son nouveau prestige. J'aperçois au travers du voile une nouvelle perfusion rajoutée depuis la veille. Directement plongée dans son ventre et certainement à la hauteur de l'estomac. Seuls les yeux bougent encore et se tournent Vers Moi.. Je m'empare sans attendre de sa main à peine tiède. Et je me contente de lui sourire comme l'aurait fait une des professionnelles convoquées par David. J'ai le sentiment de sacrément m'améliorer dans mon numéro d'humain en pleine possession de ses moyens. Je ne suis peut-être pas le plus doué à la base mais heureusement j'apprend vite. C'est d'ailleurs ma principale qualité et c'est bien quand je l'eus épuisé que je suis tombé malade il y a quelques années en arrière. Mais j'ai rechargé les batteries dans le silence et me voilà de nouveau performant. Je fixe Raymond et je sais exactement ce qu'il lui faut. Une bonté amicale et sans frein. Douce et compatissante comme seul un vrai ami peut fournir. Monique se tient à cinquante centimètres entourée de Sophie et de l'autre gonzesse prêtes à la soutenir en cas de défaillance. Cette dernière se contente de sourire pour le moment. Visiblement elles bossent en binôme et je suis impressionné par leur savoir faire. C'est une bonne équipe. La seconde dont j'ignore le nom n'a encore pas sorti un mot. Ni le moindre son. Ce qui importe peu. Son talent est indéniable. L'expression de son visage est unique. Rôdé par des années de compassion généreuse et instantanée. Elle n'est pas moche et loin s'en faut je pense. Si elle ne se montrait pareillement asexuée par cette bonté carnassière et qui lui mange le visage. Raymond lui il faut avouer qu'il est plus que naze et tout l'intérêt se propage à peu près uniquement autour de sa personne. Il est le centre du monde seulement il ne se passe rien au centre du monde. D'autres autour de son cadavre se chargent de singer la vie civilisée. Nos sentiments sont très forts mais cela ne suffit pas. Il faut encore en apporter la preuve civilement. Monique elle même que ferait-elle si elle était moins abrutie par une réalité assommante. A mon avis elle se roulerait par terre. Se tiendrait les tripes en hurlant tout son mal et elle s'en porterait beaucoup mieux. Que ferions-nous les autres autour si nous pouvions laisser libre cours à Ce que Nous Sommes Réellement.. Une grande partouze je suis à peu près sûr...


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