• Parce Que Ca l‘Amuse (14)

     

    Le soleil radieux nous amena à faire l'emplette d'une paire de lunettes fumées chacun. Puis il fut question de se mettre à table. Nous prîmes place à la terrasse d'une brasserie qui s'appelait Chez Napoléon, allez savoir pourquoi. D'autant que la spécialité de la maison était manifestement les poissons, fruits de mer, algues précieuses;. etc. Avec un étal de glace posé dans une petite barque peinte en bleu à l'entrée de la salle. Tu aimes les fruits de mer, me demanda Raymond. Je commençai à minauder en pressentant ce qui allait suivre d‘autant qu‘il arborait à mon égard un air un peu trop affectueux que je qualifierais même de Concupiscent.. Voulait-il légèrement profiter de mon nouveau et microscopique petit bonheur tout neuf.. Monsieur aime les fruits de mer déclama Raymond à l'adresse du serveur en lui rendant la carte qu'il n'avait pas pris la peine d'ouvrir. Alors plateau géant, avec langoustes, huîtres bien sûr, bigorneaux, escargots, etc. etc. mais alors quelque chose, de.. de bien, du solide quoi. Il avait joint ses mains et joué des épaules pour balayer toute forme de doute sur ses intentions. Clairement il voulait que ça se termine dans le grandiose et l'insouciance des choses terrestres. Quitte à en rajouter et c'est exactement ce qui le rendait plus intéressant que la moyenne des pauvres types qui parviennent seulement à écœurer leur prochain qui lui n'y est pour rien le pauvre dans leur débâcle. Malheureusement... je suis tenté de préciser, sachant pertinemment qu'il n'y a rien de plus misérable à vivre qu'une grande injustice sans le moindre Ennemi Réel à dégommer ne serait-ce que dans le silence de sa propre tête. Qu'aurais-je pu faire moi même à sa place;.. Me ridiculiser une fois de plus. Il y a de fortes chances, je sais. On s'envoya une bouteille de Riesling bien glacé, avec café, une petite pâtisserie à la cerise pour finir, et bien sûr le pousse de rigueur. Comme nous nous sentions un peu trop fatigués et mûrs pour reprendre la route, nous déambulâmes un moment en ville dans l'après-midi, et c'est en longeant la vitrine d'un coiffeur que j'eus envie d'une bonne coupe. Peut-être que ça me ferait du bien aussi. Fit Raymond en se passant une main dans la maigre broussaille qui lui restait sur le sommet du crâne. Je n'étais pas tellement plus frais de mon côté, mais enfin, les cheveux qui me restaient tenaient encore en place et faisaient leur effet à condition d'être coupés convenablement. Le hasard nous amenait tout droit sur un grand salon avec personnel pléthorique et tous les trucs à la mode, café et rafraîchissements accompagnés de sucreries et musique douce dans les oreilles. On se retrouva côte à côte à moitié allongé avec des blouses bleu ciel fermées sur le cou et deux belles et jeunes gonzesses pour nous palper le crâne. Nous échangeâmes des coups d'œil sans équivoque lui et moi. N'empêche qu'au dessus de Raymond une gamine se pinçait le nez pour survivre. Pour ma part je bandais comme un âne sous ma blouse, et allez savoir pourquoi la mignonne petite poupée qui me faisait le champoin prit une voix suave pour me parler. C'est pas Trop Brûlant.. Légèrement. Oui.. Je Crois;. Et maintenant ça va mieux.. Je vous Brûle pas Trop.. Allez Détendez-vous.. On Sent que Vous êtes Nerveux.. Hi.. Hi.. Hi.. Me caressant ensuite la nuque avec des manières qui laissaient présager un avenir radieux, empli de promesses et plein d'émotions. Je fermais les yeux pour apprécier au mieux mon bonheur. Un vrai conte de fée avec ma braguette qui était sur le point d'éclater. Il ne se passa rien de plus. J'avais pas loin de cinquante ans. Il faut au moins cet âge là pour s'imaginer des trucs pareils. Au retour Raymond ne put que dormir tout le long. Évidemment vaincu par l'aventure agitée et inhabituelle qui touchait à sa fin, et il était temps de rentrer au bercail. Seulement auparavant et sans prévenir il s'était mis à Osciller et Onduler sur un bout de Trottoir comme un vieil Arbre qui tomberait d'une minute à l'Autre. J'Eus à Peine le Temps de Réagir qu'il s'Effondra Dans Mes Bras et Tourna de l'œil.. Heureusement le break se trouvait à quelque pas et je l'y installais avec l'étrange sentiment de porter une ombre en putréfaction. Je découvris en le tenant ainsi contre ma poitrine que son corps s'évaporait pendant qu'il commençait à sentir mauvais. Mais n‘était-ce plutôt la triste odeur de la mort qui déjà s‘annonçait juste pour en rajouter un petit chouïa dans nos souffrances Parce Que Ca l'Amuse;. Il ne pesait plus lourd le bougre, et je me dis que les trous et les fuites dans sa charogne dont il m'avait parlé n'avaient rien d'exagérés. La vie le fuyait en même temps que je retrouvais quelques forces comme si les deux phénomènes étaient liés. J'imagine que les savants découvriront un jour l'élément mystérieux qui réunit tous les hasards qui nous déboussolent. Dommage alors d'en être encore à crever dans tout ce carnage par pure et simple ignorance. Néanmoins après réflexion je conclus que son corps ne s'évaporait pas contrairement à ce que j'avais pensé dans un premier temps. Il se distillait...


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