• Plein Aux As (60)

    De quel milieu tu viens. Je lui demandais affalé sur le fauteuil et enfin j'entendais le Concerto de Brahms aux accents tragiques. Il ne se fit pas prier pour me répondre. Le vin que nous avons bu à table.. Et que tu as semblé apprécier.. Provient de notre propriété familiale. Nous sommes une vieille famille de vignerons et normalement comme l'espérait mon père j'aurai du prendre la suite. Et bien. Je soulignais aussitôt. Tu as laissé tomber la vigne alors. Pas vraiment. Il se trouve que j'ai perdu mes parents et j'ai hérité de l'exploitation; Que je n'ai pas voulu vendre. Elle est aujourd'hui en gérance. Je n'y retourne pas si souvent qu'on pourrait imaginer. Je découvre soudain qu'il est riche et cette nouvelle me paraît bien plus stupéfiante que son Boulot qui lui ne m‘impressionne pas tellement. Ce que je ne peux m'empêcher de lui signaler. Maintenant oui je suis épaté. Tu pourrais te chauffer le ventre sur une île au soleil si t'as plein de ronds. Oui..Mmmh.. Il marmonna, légèrement désarçonné par l'étrangeté de ma réaction. Il ne s'y attendait pas. C'est du moins ce que je crus comprendre. Excuse moi si je te le dis comme ça mais je ne peux pas jurer que je serais toujours ici.. Et le Même..que tu as devant toi si j'étais comme toi plein aux as. Je n'ai jamais su quel effet ça procure de se lever le matin et de pouvoir suivre le moindre de mes caprices. Mais j'aurai bien voulu savoir pour comparer. Il ne put s'empêcher de rire à la fin et me fixa dans les yeux. Pointant l'index sur mon front. Qu'est-ce qui t'empêchait de bosser dans la vie si tu es persuadé que l'argent pouvait faire ton bonheur... Bonne question. Merci de me l'avoir posé. Je fis sur le ton du déconneur de service. Avec une jambe jeté sur le dossier du fauteuil je pensais qu'il avait encore beaucoup à apprendre de la véritable existence et que même sa somptueuse intelligence ne lui serait d'aucun secours. Que je pourrais aussi écrire cent bouquins sur la question à son seul usage qu'il en saurait à peine plus. Piétinant l'énigme dans son ignorance. Parce que Chaque Homme se Croit Toujours Plus Malin Qu'il n'est Réellement. Et les curés n'échappent pas à la règle.. Faute de quoi mon instinct n'aurait jamais permis que je rate le seul boulot au monde qui pouvait me convenir. Voilà pourquoi sobrement je laissai tomber cette conversation et m'apprêtai à regagner l'unique endroit sûr à mes yeux et que je n'ai même pas besoin de fermer à clé quand je dors. Les voleurs n'étant pas si cinglés qu'on croit. Un type comme moi peut les tuer d'un seul coup de son regard. Ce que les légendes qui courent dans leur milieu leur apprennent très tôt et dès qu'ils mettent les pieds dans le métier. Et bien écoute. Je vais te laisser. Je fis sans bouger. Conservant une allure qui de l'extérieur pouvait passer pour béate. Je voudrais pas abuser de ton hospitalité. Je lui arrachais ainsi un dernier sarcasme. Tu as raison. Je suis tellement pressé de te voir partir... Il soupira longuement aussi. Sans rien ajouter de plus et nous savions tous deux qu'il fallait se taire à présent. D'ailleurs Brahms aussi avait fini pas comprendre. Je m'apprêtais à me lever et il ne me restait qu'à affronter une flegme plus pesante que la réflexion qui avait précédé. Mon téléphone se mit à sonner à cet instant et j'eus toutes les peines à le localiser hébété dans la nuit qui ne me voit jamais répondre au téléphone vu que pour ça il faut quelqu'un à l'autre bout du fil qui ait envie d‘appeler...


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :