• Quand elle m'a Regardé.. (98)

     

    A ce rythme je vais mettre une main sur la pierre philosophale. Celle qui transforme la réalité en scénarios écrits sur mesure. Tout cela ne tiendrait comme j'ai mis une vie entière pour savoir qu'à un sévère dressage de l'esprit. Puisque de là proviennent à peu près tous les ennuis. Mon ennemi le pire mais aussi mon complice qui parfois réussit à me faire avaler quelques pilules au goût de merde. Mais il faut bien que j'avoue. Tout ça se passe au même endroit. Je suis le seul et unique propriétaire de ces démons. Mon esprit qui s'invente toute une histoire au sujet de Juliette et son merveilleux et radieux quoique étrangement sombre visage. Ses reins qui inspirent des folies. Ses lèvres d'amour.. Sa jeunesse qui devrait me tenir à distance et qui m'électrise sans que je ressente la moindre honte. Je ne serais jamais guéri de la vie maintenant je sais. Je serais dingue jusqu'au dernier jour. Si j'étais fait pour être plus normal mon existence eut été toute autre et depuis longtemps. Je ne serais pas ici une fois encore à l'écart de cette tribu qui offre des saucisses grillées au ciel. Je serais bien au chaud et au milieu de mes semblables à crier ma victoire sur la vie qu'un jour de plus, une heure après l'autre j'aurais vaillamment affrontée et vaincue. Seulement je survis de misérables sacrifices. Je garde la tête bien à droite pour ignorer ce qui se passe à gauche. Je me tourne vers le ciel quand le Diable ricane sur ses sabots et sous mon nez. Je me dis que je suis un grand malin et au fond de moi aussi je rigole. J'ai mes trucs qui ne sont pas les plus mauvais. Des années d'expérience et une faculté d'observation hors du commun. Je connais par cœur le cinéma que se font les hommes pour ne pas mourir de honte et de désespoir. Avec seulement quelques indices et trois fois rien je devine toute la comédie. C'est dans l'écriture des synopsis que je suis le plus fort. Au point que cela en est presque écœurant quand je finis par m'imprégner de tous les malheurs en plus des miens. J'ai l'Oreille Parfaite.. Ce qui forcément accentue l'effet de couler dans la mare boueuse du présent. Juliette par chance ne peut pas me voir à cet instant. C'est fou surtout comme je suis atteint par cette succession de malentendus. Je n'ai pas honte de moi seulement je suis furieux. Je viens de réaliser ce qui me tombe dessus, et que je viens de reculer de dix ans. Non pas de rajeunir, parce qu'au contraire par un curieux effet et une étrange distorsion du temps, je vieillis tout aussi proportionnellement. Non c'est bien d'une reculade dans le temps qu'il s'agit. J'avance à reculons. Dix années de sagesse durement gagnées qui partent en fumée. Psshhhtt... Et tout ça à partir de la simple vue de Juliette de dos s'amusant des clowneries de Salvador sur les berges du lac. Juliette qui peut être ne se rend même pas compte que Sébastien Potiné à cet instant lui pelote gentiment le cul. Je crève de jalousie et c'est surtout à mon âge d'une tristesse à crever justement. Erreur aussi puisqu'elle se penche vers Potiné et lui raconte des histoires dans l'oreille. Comme quoi elle a rien contre un balourd qui lui masse une fesse après l'autre. Mais j'ai beau la prendre en flagrant délit cela ne m'avance à rien. Le mal est en moi exactement comme si je n'étais pas tout à fait de la même race que les autres. Et je n'ai jamais pu m'y faire complètement quoi que je prétende. D'autant que je vois tout le groupe bien se marrer et mon trouble d'un autre âge me laisse à l'écart. Je n'ai pas la moindre explication rationnelle à mon comportement. Je sais seulement que ça ne tient pas debout. J'y reniflerais presque un sort qui m'eut été jeté. Mais alors si c'est le cas autant dire qu'il ne doit pas voler très haut tout ce mystère. C'est bête à pleurer comme affaire. J'ai un peu trop ces derniers temps tiré sur la bouteille et j'arrive plus à dessaouler. Le secret tient dans une pochette surprise. Je suis un peu plus fou que la moyenne et si cette fille m'attire de cette façon je ne devrais pas chercher si loin. L'explication se divise assez facilement en deux hypothèses concomitantes et s'alimentant l'une l'autre. Devant elle je me sens comme un mort de faim et pour couronner le tout c'est bien elle qui a commencé les hostilités.. Quand elle m'a regardé.. J'ai déjà passé les trois quarts de mon existence dans cet état. Alors malgré tant d'efforts et le silence fraternel mais besogneux auquel je me suis astreint ces dernières années, ma vraie nature n'est que simagrées et ridicule. Je me détourne enfin de mon clan avec ces réflexions. Je ressemble maintenant à un vieux chien malade. Je pense seulement à m'étendre plus haut sur la pente. Dans un peu de silence et l'obscurité de mon esprit une fois que je ferme les yeux. Puis je finis comme d'autres par me retrouver torse nu et me laisse chauffer aux rayons tendres du soleil. Je ressens là une caresse que les mains pleines de pus des humains ne pourront jamais remplacer. Une nature sans émotions. Je cherche à m'endormir et ne me réveiller que le lendemain. Quand j'aurais dessaoulé de mes âneries. Alors combien de temps suis-je resté dans cet état au milieu de mes amies les herbes. Difficile à dire. Je ne me souviens que de la vague sensation qui me prit à un certain moment. A peine je me rappelle de la confusion. A moins que cela ne soit l'ombre qui m'effleurait le visage. L'insignifiant changement de température sur ma peau blanche à l'air libre suffit à m'alerter. Je n'étais pas plus mort que je ne rejoignais l'éternité. J'en avais pas fini avec la réalité et ses sempiternels changements du matin au soir. Toutes les montagnes que je monte et redescend à longueur de temps. Les mille serments que je jure presque à haute voix et oublie dans la minute qui suit. J'ouvre à peine les yeux vers le ciel bleu. Le visage de Juliette est pratiquement au dessus du mien. Se dessinant dans le ciel bleu comme une des icônes russes que je me souviens avoir aperçu sur un étal de brocanteur. Je suis même incapable d'affirmer si elle me souriait à cet instant. Je me rappelle d'avoir cherché à ouvrir la bouche. Mais ce fut comme si elle s'était soudée durant mon sommeil. Je n'émettais pas un son. En me redressant je dus refermer les yeux tant la lumière m'éblouissait. Juliette au loin dégringolait la pente où l'attendait en bas Potiné et toute la bande des Champions passablement échauffés. Je me mis à réfléchir et conclut qu'elle avait du s'éloigner pour aller pisser de l'autre côté de la pente. Encore un hasard je pouvais être sûr. Seulement j'étais fait comme un rat et Elle m'avait Regardé...

     

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