•  

    Tard dans la soirée quand nous fûmes en vue des Champions Salvador tint à me démontrer que je n

    'avais pas perdu mon temps. Il s'arrêtait en face d'une petite maison de briques rouges et se tournant vers moi prit un ton caverneux. Tu te fais une petite dizaine d'affaires comme celle de ce soir et t'es vernis.. Y en aurait assez pour t'acheter une maison pareille à celle là.. Je le sais puisque c'est moi qui l'ai vendu.. Il fit claquer sa langue et semblait attendre ma réponse. Seulement je ne savais trop que lui répondre. Oh ça peut m'amuser un soir .. Puis c'était un coup de chance aussi. Faut pas exagérer.. Ils vont acheter cette maison parce qu'elle leur plait c'est tout.. Haann.. Arrête;. Tu t'es débrouillé comme un chef.. De toute manière ton histoire de contrebandiers je la retiens.. Chapeau. Je ne sais pas où t'as été la pêcher cella là.. mais c'est ce qui a décidé la vente tu peux être sûr.. Je sais comment ça se passe.. C'est quatre vingt pour cent de psychologie;. L'immobilier c'est avant tout l'esprit qu'est-ce que tu crois;.. Les chiffres et contrairement à ce que tout le monde s'imagine, ça reste secondaire.. Ces gens voulaient du vrai.. De l'authentique avec une histoire pour épater leurs amis à la maison et tu leur a amené ça avec un plateau.. T'es un futé;.. Sur un plateau.!.. Je fis.. Comment ça; c'est pas ce que j'ai dis?. Tu as dit avec un plateau.. Et on dit sur un plateau.. Oh tu vas pas te mettre à chicaner.. Sur un plateau ou avec un plateau.. Qu'est-ce que ça change.. Le principal ça aura été de vendre la baraque et ramasser la monnaie.. Je remuais la tête. Ca change tout au contraire.. Dans la finesse d'une phrase;. Tu as d'un côté une formule qui coule parfaitement de la bouche à l'oreille.. Et de l'autre une pâte molle qui accroche à la langue.. Salvador comprit que sur ce terrain je ne lâcherais pas prise et revint à cette idée qui le transcendait;. . Franchement;. Quand je t'ai vu commencer à tracer une ligne dans la montagne avec ton doigt et ces cons qui t'écoutaient la bouche ouverte;. J'ai pensé que tu les promenais comme tu voulais.. Le pire.. C'est que j'aurais payé moi aussi pour comprendre ton histoire. Tu te rends compte.. Et bien il fallait me demander, je t'aurais traduis.. Ouaih.. N'empêche cette histoire de contrebandiers qui se seraient abrités juste dans cette maison là au début du chemin de crête.. J'espère qu'ils ne vont pas avoir l'idée de se renseigner;. Ça la foutrait mal.. Et bien ils peuvent.. Je reprenais.. Parce que c'est bien un des chemins de la contrebande et il n'aura jamais autant servi que durant la dernière guerre pour les prisonniers évadés.. J'ai rien inventé;. C'est la stricte vérité.. Tout le monde va leur confirmer si jamais ils en parlent autour d'eux.. Je fis d'une voix ferme. Ca me la coupe;. Siffla Salvador.. Il faut que tu viennes avec moi;. T'es bien meilleur que je croyais.. C'est exactement ce qu'il faut dans ce boulot.. Des idées.. De belles et grandes idées.. C'est moi qui te le dis;. Même la proprio de ta maison;. Si on devait en parler.. Je la connais bien. Si jamais tu voulais l'acheter un jour au lieu de payer un loyer toute ta vie.. C'est vachement faisable;. Je m'en occuperais personnellement et tu peux me faire confiance;.. D'un coup j'éclatais de rire de la même façon que les chiens se mettent à bailler. Décontenancé Salvador de biais dans sa belle bagnole neuve argentée sottement m'observa. C'est fou.. Je lui ai balancé. Qu'est-ce que tu dois te sentir seul sur terre toi aussi.. J'avais pas imaginé jusque là;. C'est une vraie épidémie dans la région.. T'as tord de me prendre comme ça.. Il fit et je discernais dans son regard un voile de tristesse. Cela fit disparaître immédiatement l'envie de me marrer. C'est bel et bien le genre de choses qui en moi réveillent une indulgence sans limites. J'ai beau sentir ma boussole détraquée souvent, je retrouve aussitôt le nord si on me parle en langage humain. Ce que les yeux de Salvador réussissaient nettement mieux que son esprit conscient heureusement pour lui. Excuse moi. Je lui dis. C'est qu'en vérité je ne sais pas quoi te répondre. Je ne crois pas pouvoir beaucoup t'aider.. Ce soir la chance était au rendez-vous et on en a bien profité.. Mais demain et tous les jours.. C'est pas évident.. Je ne connais pas de métiers qu'il faut pas apprendre;. Et je me vois mal remettre ça à mon âge;. Il retrouva aussitôt sa prestance devant de pareils aveux de faiblesse; Me tapant la main sur une cuisse. T'es un brave gars.. Mais tu te sous estimes.. C'est bien dommage pour toi et je crois moi que c'est ton problème.. Notre métier il est pas comme les autres.. Il s'apprend pas dans les bouquins qu'est-ce que tu crois.. T'imagines que j'ai fais des études moi alors.. Et regarde la bagnole que j'ai pu me payer.. En trois mois de boulot;. Tu le croiras?;. Pour te donner un exemple;. Je ne sais pas si tu as remarqué la jeune qui traîne avec les anglais;. Juliette.. Tu vois qui c'est?.. Elle avait jamais travaillé dans l'immobilier.. Et bien elle s'y est mise.. Bon peut-être pas à temps plein;. De toute façon je comprend pas trop ce qu'elle fait et où elle vit.. Mais n'empêche que c'est elle qui va s'occuper des locations et des gîtes;. Elle est venue deux ou trois fois avec moi;. Elle se débrouille pas mal du tout;. Personne lui a jamais appris elle aussi.. Ca n'a aucune importance.. Il faut être malin au départ et après avec un peu de bonne volonté ça fait le reste.. Ce métier c'est de l'instinct et rien d'autre..; Je humais l'air ambiant pendant l'épreuve. Laissant les pores de ma peau se refermer comme des écoutilles. Dans cet état seulement je parvins à sauver mes couleurs. Loin de me retrouver anémique je conservais un visage parfait. Lisse et calme. La puissance d'une vie entière s'y exprimait. Mon Double.. M'avait remplacé.. Aux Veines Emplies de Mercure..  et Salvador ne se doutait de rien. Oui.. Je vois qui c'est. Je soupirais mollement. Tu parles de celle qui est avec Potiné.. Une belle gonzesse quand même;. Elle va bosser avec toi alors.. D'abord elle est pas avec Potiné.. Il fit assez hargneux. Plutôt rageusement même. C'est pas parce qu'il bave comme un cochon dès qu'il la voit qu'elle est avec lui.. Il s'invente peut-être des histoires.. Mais ça va pas plus loin;. S'emportant.;. Et.. Oh.. Je le sais.. J'étais avec eux le jour où on a été au lac de montagne;. Il essaie de faire croire à tout le monde qu'il se l'envoie;. Tu parles.. Quand il cherche à aller un peu trop loin il se fait remballer oui.. J'opinais avec force. Drôle de femme;. T'as l'air de t'y intéresser toi aussi;. Ou je me trompe.. Salvador se contenta de claquer la langue. Lourdement il se redressa sur son siège. Moi de mon côté j'étais absorbé par une libellule écrasée sur le pare-brise juste dans ma ligne de mire. Allez viens on y va.. Il lâcha. On avait pas dit qu'on irait boire un coup.. Une affaire comme celle d'aujourd'hui ça se fête;. Non... Dans la soirée j'appelais David. Dis vieux.. Si on invitait nos copines de la côte pour vendredi.. Qu'est-ce que t'en penses.. On a aucune raison de leur faire la gueule;. Ou je me trompe.. Il ricana.. Je n'y vois aucune objection mon ami;. Je n'osais te le proposer.. Allez, à plus;. Je fis.

     

     


    votre commentaire
  •  

    Une heure après je me morfond. Salvador n

    'a toujours pas appelé. Je sais que la journée est loin d'être finie. Mais maintenant que son coup de fil est relié à Juliette il a entièrement changé de nature. Je décide de m'occuper et le plus urgent serait de rattraper le retard que j'accumule à nouveau dans mon boulot. Découvrant vite à quel point cette tâche me rebute. L'effort que celà me demanderait se révèle incompatible avec ces images de Juliette qui m'affolent. Qui pourrait caser le même jour et dans une seule vie la beauté et le choléra qui pourrit tout. Ces écritures me répugnent de plus en plus. J'y arrive mieux dans les matins incertains et sans rien d'important à traiter mais quelles âneries mes yeux observent dans le vieil ordinateur. Je ne parviendrais jamais à faire cohabiter cela avec mes émotions au milieu desquelles Juliette en petite jupe de collégienne me tourne en bourrique. Comment me concentrer alors que ce boulot peut très bien attendre le lendemain. Inutile d'insister je me dis. Je décide alors de ranger mes affaires dans la maison et ce serait pas un luxe d'y consacrer une heure ou deux. Cette activité toute mécanique me réussit nettement mieux. Sentir ces objets les plus divers me passer dans la main pendant qu'un tout petit bout de mon cerveau décide de leur sort est exactement l'activité qu'il me fallait pour tuer le temps. Salvador va appeler je ne doute pas une seconde. Alors qu'une minute auparavant je ne semblais sûr de rien. Je voltige du sol au plafond au gré de mon humeur qui lui même valdingue plus vite que les feuilles vers la poubelle ou mes godasses directement dehors par la fenêtre parce que je me suis donné comme principe qu'elles doivent rester sur le pas de la porte. Dans cet état d'esprit le téléphone a fini par sonner et très naturellement je demandais à Salvador ce qu'il avait de si important à me dire pour me déranger dans ma maison en plein après-midi. Très gentiment bien sûr. Un peu comme une blague. Ohhh.. Il fit. Fais pas semblant d'avoir oublié quand même. On était tombé d'accord hier soir. Déjà tu te souviens plus.. T'as oublié quoi!.. Dis le franchement.. T'es un cas toi quand même.. Ouaih.. C'est possible. Je répliquais d'une façon désinvolte. Quasiment désabusé. Allez arrêtes un peu.. Il reprend. J'ai besoin de toi tout à l'heure.. Je te l'ai déjà dit.. Je viens te chercher.. T'es où là.. Chez toi,.. Je suis pas loin, au niveau du garage en bas de la côte.. T'en as pour longtemps avec tes clients;. Je lui demande en prenant soin de m'étirer et frotter le menton d'une manière qui doit s'entendre dans l'écouteur. Il réfléchit brièvement avant de m'annoncer qu'une heure et demi;. Deux heures au grand maximum seront nécessaires. Après on va boire un coup;. Je t'invite.. Il continue d'un timbre de voix laissant transparaître une légère angoisse; Je ricane et lui annonce grand seigneur que rien que pour lui je vais faire un effort. T'as de la chance que je t'aime vraiment bien.. Je lui dis désappointé et chaleureux et Salvador qui est un affectif n'en attendait pas tant. Cinq minutes plus tard il débarque. Mais cette fois j'ai laissé tombé mon numéro d'idiot. Me frottant les mains je vais à sa rencontre avec le sentiment qu'une nouvelle vie commence pour moi. Allez monte.. Dépêche.. On est presque en retard déjà.. Nous nous saluons et il redémarre vers le fond de la vallée comme si sa vie en dépendait. Spécial comme mec.. Il répéta plusieurs fois et de mon côté je me retenais de rire. Allez c'est bon.. Je fis. Je te fais marcher.. Tu sais que j'aime ça.. Les anglais déjà l'attendaient à un angle de rue tout près de la poste. Raides et sérieux avec de longues têtes blanches. Je compris immédiatement ce qui travaillait mon ami. Ceux là contrairement à la plupart, avaient l'intention de venir s'installer chez nous en ne comprenant pas un seul mot de notre langue; Salvador les invita à monter dans sa nouvelle voiture par des gestes et des mimiques en plus de ses trois mots d'anglais qui ressemblaient furieusement à des clowneries. Mais comment tu as fait.. Je lui demandais  à peine la voiture repartie. Pour leur filer ce rencard.. Eh.. mais c'est pas moi.. Il s'exclama.. C'est Joe;. Le gros que t'as vu aux Champions qui m'a téléphoné hier.. Il m'a dit de pas les rater parce qu'ils vont repartir chez eux et ils veulent absolument acheter une propriété avant de mettre les voiles. Et on va où maintenant..; Je voulus savoir.. A vingt-cinq kilomètres d'ici. Je dois leur montrer une maison avec des gîtes, c'est ce qu'ils veulent.. Une partie pour eux et une autre pour louer à des gens de chez eux. Tiens si tu pouvais leur expliquer et faire la conversation en attendant qu'on arrive;. Ça me rendrait service..;Et c'est ainsi que je me tournais vers le couple d'anglais et entamais ma nouvelle carrière...

     

     


    votre commentaire
  •  

    Il est temps de se remplir le ventre de bonnes choses de la terre qui donnent des forces. Je m

    'installe devant la petite table de bois sur ce qui me sert de terrasse et aussitôt je salue le père Joseph qui traverse le champ en contrebas.. Ca va.. Il s'écrie en faisant semblant d'enlever son béret. Il a son mégot au bec et je ne l'ai jamais aperçu sans son couvre chef. J'écarte les bras comme le christ pour qu'il comprenne et ma réponse muette semble l'enchanter. Il avance de quelques pas avec son coupe herbe sur l'épaule et se tourne à nouveau vers moi. Fait beau... Il grogne joyeusement. Je montre le ciel d'un doigt avec un geste de l'autre bras. Ce qui l'amène à s'arrêter dans sa course pour m'observer avec précision. J'ai laissé la musique à un bon niveau il faut dire, et il y a de quoi impressionner quand elle dévale le long pré jaunâtre comme une flamme divine. Mais je me doute que même d'aussi loin il doit me trouver un peu changé. De moi émanent à cet instant des vibrations qui frappent tout observateur. Qui sait si je ne baigne dans une brume de lumière. Le père Joseph de là où je suis ressemble plutôt à un épouvantail. Plus tard le téléphone sonne quand je m'apprêtais à avaler un bout de chocolat noir qui devait terminer mon repas. Je reconnais le numéro de Maggy et j'hésite bien une seconde. Pourvu qu'elle ne vienne pas me parler boulot. C'est pas réellement le jour. Mais à sa voix je devine vite qu'elle est tout pareil sur un autre sujet. Qu'est-ce que tu fais.. Elle s'inquiète. Tout baigne si je m'en tiens à sa voix très câline. Je termine de manger.. Je m'autorise à lui répondre alors que vu l'heure je devrais me sentir gêné par l'aveu. T'as raison.. Prend le temps de vivre.. Bon justement je viens de voir avec Martinez.. On a pensé à faire quelque chose sur les thermes;.. Ça va pas très fort en ce moment;. On se demande ici en bas comment relancer la clientèle;. Seulement je me taisais prudemment en l'écoutant. Tu m'accompagnes?.. Elle implora puisque je faisais le mort. J'avais beau me sentir rechargé à bloc je n'étais pas assez cinglé pour tenter de me défiler. Je mangeais à ma faim depuis quelques temps et je n'ignorais pas d'où me tombaient ces bienfaits. Oui et bien tu me préviens dès que t'es prête.. Je lui souffle en oubliant pas d'y mettre un minimum d'enthousiasme. Eh bien demain.. tu peux m'attendre à l'entrée?.. Quatre heures ça te va.. Oui.. Oui.. Je minaude en me souvenant que ce que j'appelle la maison du paradis se trouve juste un peu plus haut sur la colline de pierres. Autant dire que nous y serons et l'histoire est trop claire. Je peux parier à cent contre un comment va finir la journée. Ce qui me pousse à me gratter la tête. Je sens plus ou moins que je me fais manœuvrer en beauté par cette garce, et je suis assez partagé je dois dire. Ne sachant moi même ce que j'en pense en toute sincérité. Elle est futée.;. Je soupire. Perplexe j'en oubliais mon chocolat. Des images caracolaient sur l'écume des petites embrouilles humaines. Mes yeux pourtant grand ouverts ne voyaient rien de précis du fond de paysage. Les couleurs, les détails, tout était en bouillie. J'espère qu'il va pas oublier de m'appeler. Je fis à haute voix. Pensant à Salvador. La veille au soir je le prenais de haut avec ses histoires que je trouvais si incongrues. Soudain tous les morceaux du puzzle se mettaient en place. Dans mon laboratoire des affaires humaines aussi grand que notre vallée rien n'arrivait par hasard. Sauf qu'il n'y avait pas de savant fou quelque part à triturer nos chromosomes. La règle était que chacun se débrouillait plus ou moins seul au fond de l'éprouvette. Avant de plonger dans la grande marmite. Se frottant dans nos solitudes. Bouillants et frissonnants. Reluquant nos petits secrets les uns les autres en douce. Occupés à se renifler l'entre jambe comme d'autres consultent un thermomètre ou l'horoscope; Parfois j'avoue cela remonte bien le moral; Nous ne sommes que de petits artisans après tout. Tous donc nous nous entraidions. Danielle m'avait réveillé un soir. Rachel s'était occupé de la mécanique et huilé les vieux cylindres. David redonné l'envie de discuter, le goût d'être au moins deux sur terre à partager une tranche du gâteau amer. Gros Louis me trouvait un job. Je sortais Maggy de sa médiocrité relative qui l'aurait achevé de regrets dans quelques années à peine. Je permets à Monique de rentrer Chez Elle.. Le cœur en paix et c'est pas rien. Elle mourra tranquille. Autant de petits gestes mais j'en oublie des milliers là.;. Qui soulèvent des questions et font réfléchir puis dans la foulée désignent le chemin à suivre. Il suffit de montrer un peu de bonne volonté au milieu de ce petit monde. Chacun a un petit quelque chose à offrir pour rendre un soir, une nuit, moins sinistre. (Je ne dois rien à Lou par exemple...) Offrant dans l'accalmie une solution à des dilemmes éprouvants. Salvador dans son insistance qui jusqu'à la veille me laissait complètement froid après le coup de fil de Maggy est mon sauveur dans ma lutte inégale avec Potiné. J'ai une envie folle de le seconder dans son boulot. Je me promets de l'accompagner bravement sur tous les fronts immobiliers face à ces anglais qui achètent déjà la moitié de la région. Vendre jusqu'à la dernière brique de ma vallée ne me coûterait pas une once de culpabilité. Puisque Juliette et cela aurait du me crever les yeux depuis longtemps, navigue dans ces eaux troubles et curieuses des affaires immobilières. Je me retrouverais en première ligne et Potiné n'y pourra rien. Il peut crever...

     

     


    votre commentaire
  •  

    Mû par la faim je finis dans la serre à la recherche de ce qui avait bien voulu pousser. Je tombais en admiration devant des plants de tomates à moitié secs pourtant chargés comme des sapins de noël de haut en bas. Dans le fouillis verdâtre et brun des aubergines m'attendaient qu'il me fallut cueillir en prenant garde à un duo de guêpes obstinées. De quelque côté je me retournais J'avais l'impression de les avoir dans mon dos. Elles m'en voulaient. Je ramassais encore un concombre raide comme un gourdin et très frais dans la main. La maison odorait de ma propre vie et je la reniflais qui se mélangeait à d'étranges moisissures apparues l'hiver précédent en haut d'un mur intérieur. J'avais été étonné dans la nuit tard de la retrouver comme si rien ne s'y était passé. David n'avait pas du la rater la jeune Mona. En voilà une qui m'avait tenu à l'écart. Une sorte d'intouchable. Mais j'en comprenais mieux les raisons à présent. J'étais sorti d'hivernage assez mal en point. Ce n'étaient pas tant les muscles que la tête qui me bloquaient dans ce que je devais faire. Ma détresse me semblait charmante certes, seulement une Mona pouvait me faire paniquer d'un simple regard. Je croyais alors avoir accepté mon sort et la mort sur pieds qui allait avec. J'aurais du me payer un gros bide et me prendre un peu plus au sérieux dans mon rôle de pauvre type. La retraite ne m'attendait-elle déjà comme une maladie. Bien sûr ma civilisation s'est donnée un mal de chien pour en arriver à nous faire rentrer dans le crâne comment chacun doit se comporter tout au long d'une vie. Je le sais que les conneries se font à vingt ans et qu'après on s'écrase. Je suis d'accord qu'il y a un âge pour tout. Néanmoins j'ai mon rythme propre et je suis vraiment très nerveux. Un fou furieux même. J'ai vu la mort une nuit briller entre deux étoiles. Je ne dormais pas. J'étais bien éveillé dans la nuit sèche et froide. Je n'ai pas vu n'importe quelle mort. J'ai vu la mienne propre. Mon destin écrit par quelqu'un d'autre que moi. Autrement plus sérieux. Sur le coup j'étais assommé. Mais ce n'est pas tant l'issue qui a fini par me révolter, que l'ennui, le terrible ennui qu'il m'aurait fallu supporter en l'attendant. Il m'importe peu d'avoir froid ou chaud, de sentir la faim me tenailler, la solitude m'éprouver, c'est l'ennui qui m'inquiète. Et mon ennui est si particulier. Qui ressemble à un gouffre. Impossible à combler avec des aventures en peau de lapin. Je ne mords pas aux conneries de ce siècle. Je n'ai pas plus envie de partir en croisière que de me dévouer à la cause des pingouins sur leur banquise. Pas plus que de perdre mon temps à courir autour de la terre. D'ailleurs je déteste Courir Pour Rien... Cavaler sur mon bout de montagne vaut largement plus qu'un trek acheté au rayon surgelé de mon supermarché. Traverser comme ça l'Amérique du nord au sud à pieds, ne me tente pas plus qu'une biture à l'eau tiède. Mon coin de pays contient un univers suffisant. Il s'est débrouillé pour résumer d'un horizon à l'autre tous les mystères. Pareil à une scène de théâtre. Tout y est plus vrai que nature. Avec des montagnes en bois et carton encore mieux que dans la réalité. Éternellement vertes jusqu'en leur milieu et enneigées au dessus. Des tavernes illuminées et leurs ombres chinoises qui dansent et font la fête. Des gens souriants dans la rue et qui jamais ne vous répondent de travers. Même les figurants ne sont pas là par obligation. Le dernier de ces malheureux est prêt à vous écrire tout un roman sur mesure. Rien que pour vous. S'il vous trouve une bonne tête. Je n'oublie pas la mer de toile huileuse où une ballerine à poil est prévue pour faire bander le dernier spectateur encore insensible à l'histoire. Et que lui aussi ait sa chance de ne pas s'ennuyer. Pour la mer de toile ondulée, Je la fixe d'ailleurs moi aussi quand je suis à court d'idées et m'ennuie. J'y compte assez de vagues à enfourcher pour aller d'un port au suivant puis au dernier. Du premier où j'ai trouvé la vie et assez d'espoir pour remplir tout seul le vide de cette naissance, jusqu'à la mort et la fin des illusions. J'y ai compté suffisamment d'échantillons de toutes sortes. Je pourrais remplir mon grand Arche de Noé moderne et de quoi repeupler un nouvel univers. Pourquoi pas écrire un bouquin. Au moins ce nouveau monde serait à mon échelle. On ne s'y bousculerait pas dans des métropoles qui ne sont pas faites pour de vrais humains. Je ne peux pas vivre parmi les robots. Ce n'est pas ma nature. Je n'ai rien contre au fond. Je suis seulement un peu plus lent que la moyenne. Je manque d'air. De plus maintenant que me voici vraiment comblé, je serais fou d'aller chercher plus loin. Amoureux comme je suis je ne risque plus de m'ennuyer. Ma nouvelle histoire est une vraie occupation à temps plein. Aussi louable qu'une belle cause humanitaire. Orgueilleuse et mortelle dans son essence. Faut-il encore que très vite je trouve l'énergie d'un capitaine d'industrie. Éventuellement mon cœur pourrait claquer de tant d'émotion. Mais je ne suis pas devenu fou et je sais ce qu'il me reste à faire. Travailler le scénario. Me tailler une histoire sur mesure. Me la mitonner aux petits oignons. Je suis le seul maître à bord à présent. Cela ne tient qu'à moi de ne pas rater mon affaire. En premier lieu reprendre des forces et me préparer un bon petit repas avec les légumes de la serre et du fromage qui attend dans le frigo. Deuxio. Prendre le temps de réfléchir encore et surtout ne pas m'affoler. Je n'ai pas attendu toute une vie pour rien. Il n'est pas question de perdre mon calme au mauvais moment. N'ais-je un double au sang froid. Ses veines emplies de mercure sont aussi les miennes. Il me doit tout et c'est peut-être le moment pour lui de solder une partie de la dette. J'ai une vie entière investie dans l'esprit d'un vrai héros. Son souffle déjà me revient brûlant. J'ai le sentiment de me retrouver avec un compte bancaire plein à craquer, et sans le savoir mais je viens de l'apprendre, mes économies font de moi un milliardaire; Les intérêts ont sacrément gonflé le capital au fil du temps. Mais surtout pas question pour autant de ressembler à une espèce de petit rentier. C'est vraiment pas ma nature. Bien au contraire. La machine a chauffé. La tuyauterie est à deux doigts d'exploser. La chaudière un peu longue à démarrer au début je reconnais, est d'un rouge vif qui ferait peur à plus d'un. Mais pas à moi et pour le prouver je vais continuer à l'enfourner comme un fou. Du bois de chauffe j'en ai pour dix ans d'avance. Et je peux y aller. Je mets de la musique en préparant mon repas. Incroyable,.. la radio ouvre pile sur une chanson que j'avais pas écouté depuis des années. Le genre de truc qui me ramène quelques années en arrière, mais dans mon état d'esprit me regonfle encore plus à bloc. En vérité cela ne veut rien dire, je suis léger comme une plume. To everything.. Turn.. Turn.. Turn... Je me mets à danser avec le concombre à une main, une tomate dans la seconde.. There is a season Turn.. Turn.. Turn;... And a time for every purpose, under heaven... J'exécute un entrechat et m'envoie le refrain.. Di dou du di di dou....A time to dance, a time to mourn... And a time for every purpose, under heaven... Ce qui m'amène à décider de prendre mon repas dehors et c'est le meilleur endroit pour continuer à réfléchir. De toutes les fenêtres et les trous de la maison s'échappe la joie de vivre, le grand souffle de l'homme serein sur l'adversité et l'aspect sombre du monde; Son fiel sucrée...

     

     

    Dernier Coup de Reins

    sur

    http://www.lulu.com/content/2415280

     


    votre commentaire
  •  

    Comme j'avais quelques heures tranquilles devant moi je voulais en profiter pour prendre l'air et respirer à pleins poumons. David venait de m'appeler alors que je me trouvais sur le chemin de terre. Je pilais sur place en reconnaissant son numéro. Ca va.. Il me fit. Mais pourquoi cherchait-il lui aussi à savoir si ça allait. Je connaissais d'avance ce qu'il avait à me dire et presque je regrettais de n'y avoir pas remédié. Il m'aurait suffi tout simplement de lui dire que j'étais le plus heureux des hommes en lui prêtant ma tanière, à la seule condition qu'il ne se sente pas obligé de me remercier sous quelque forme que ce soit. Il fait beau.. Je lui fis en observant effectivement le ciel bleu et pur. Il ricana.. T'as raison, il fait beau.. Mais je ne te prends pas pour la météo.. Enfin.. Merci pour le renseignement.. Ça m'évitera de choisir un châle tout à l'heure quand je vais sortir.. Allez c'est bon.. Je grognais.. C'est une journée bizarre aujourd'hui pour moi;. Je me sens tout drôle.. Ça arrive.. Il siffla gentiment mais d'une voix ferme. Tu as quelque chose de prévu vendredi soir?.. Sans perdre de vue le ciel je lui fis savoir que non. Je crois pas .. non.. J'ai pensé à aller prendre un verre sur la côte.. Qu'en dis-tu?.. Je respirais longuement. Très bien.. J'approuve des deux mains;. On se rappelle d'ici là.. On peut faire comme ça.. Il conclut. Puis. Je te dis merci.. Enfin.. Tu te doutes.. Je sais.. Je sais.. On ne dit pas merci à un ami.. Tu me raconteras.. Je ricanais. A plus.. Je m'enfonçais dans le siège me jurant que je ne méritais pas ce copain. Je ne redémarrais pas et finis le chemin à pied avec la machine à café que je présentais en ces termes à la maison. Tu seras bien.. Ici.. Tu verras.. C'est une bonne petite maison pour une gentille petite bête comme toi;. Je t'assure.. Je passais un short et m'en allais sur le sentier de derrière. Je souffrais, soufflais, et transpirais à grosses gouttes avant de me résoudre à m'asseoir sur un beau point de vue. Je voulais méditer sur une idée et des sensations qui me travaillaient depuis que j'avais quitté Monique. Cette façon de m'en tirer aussi facilement et un peu trop souvent à bon compte. J'étais allé la retrouver tête basse et repentant. A la sortie j'embarquais aussi bien les honneurs du jury que la machine à café. Mon idée était que tout le monde pouvait avoir raison. Il suffisait de changer l'angle d'observation des évènements humains. Monique voyait juste. A Mon Âge;. Mais ce n'est pas ma vie. Ce qu'elle voyait. Seulement son médiocre reflet. Une illusion jouée par un acteur de cinéma. Parce que Moi.. J'étais quelqu'un à mille lieux de tout ce qu'elle peut imaginer. Mais qui pourrait jamais croire la vérité. A la vue de ce clown triste. Quand dans ma peau, à l'intérieur de l'Artefact.. Se débat un vrai humain que ses gros yeux ne peuvent soupçonner. Plus rien à voir avec la carcasse fatiguée qui se traîne au ras du sol. Celle que tout le monde croit voir passer dans la rue. Je ne vis pas seulement ce mystère, Je suis Le Mystère... Une réalité que j'affirme sans honte et sans complexe. Parfaitement silencieuse. Puis de quelle honte serais-je encore frappé dans mon silence. Je ne me vante pas puisque c'est la pure vérité. Oui.. A l'Intérieur j'Étais Vivant.. Tout paraissait obtus et sans espoir. Puis soudain j'avais un but idiot qui remplissait le vide et même débordait de tous les côtés. Tomber amoureux c'est comme de lever les bras au ciel et sentir l'éternité du bout des doigts; Je n'allais pas passer à côté. Et encore moins A Mon Âge.. Je n'avais jamais été aussi vivant qu'à la sortie de ces sombres années. J'avais appris le silence et une solitude moderne qui ne s'embarrassait d'aucun ennui. Un moine Zen qui roule ses pétards devant l'ordinateur. A la vraie fin de mon existence je me calerais dans un abri en interdisant à quiconque de s'approcher. Je me serais préalablement expliqué envoyant à tous ceux que je connais une clé numérique contenant ce qu'il faut savoir et que j'avais toujours caché à mon sujet. Qu'ils gardent mon amour et mon amitié aussi longtemps qu'ils y trouvent de la joie. Je leur parlerais de Jack Elias, qu'ils sachent enfin un peu de ce qui les troublait tant chez moi. J'avais un double et celui à qui ils serraient la main ou embrassaient les joues creuses n'était pas forcément le bon ce jour là. Mais je ne leur aurais jamais menti. Je ne mens jamais. Ce sont des réalités parallèles qui s'entrechoquent parfois et donnent cet aspect incohérent à des évènements ou des sentiments parfaitement cohérents. Je ne suis pas un menteur. J'ignore les impressions du mensonge. J'avouerais simplement une bonne dernière fois que mon univers est compliqué. Simple et silencieux en apparence. Chaotique. Truffé de labyrinthes et vertigineux quand on y habite. Par obligation, je suis bien obligé. Alors ils comprendront que quelques semaines d'une ultime paix me sont absolument nécessaires pour purger les toxines de toute une vie. Me vider les boyaux proprement comme mon crâne; Mais deux ou trois semaines comme j'ai déjà dit me suffiront. Il ne m'en faudra pas plus et je tiens peut-être avec ça la plus grande découverte de mon existence. Je leur dirai tout ce que je peux et leur donnerai ce que bien sûr je n'emporterais pas. Sans parler des choses matérielles. Mais à quoi me seront encore utiles mes secrets dans le froid sans fin d'après la vie.. Je les laisserai ici aux pieds de mes montagnes que je contemple amoureux d'elles à cet instant. En contrepartie rien ne devra venir troubler mon ultime recueillement. Deux ou trois semaines tout au plus me suffiront pour le grand nettoyage intérieur. Mais il me les faudra....

     

     


    votre commentaire