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    Je comptais récupérer ma voiture parquée sur le square en face des Champions et rentrer sans perdre de temps. Cela aurait pu être un bon jour. Je pensais. Parce que finalement cette vie ne tient à rien. Au lieu de réfléchir nous pourrions tout aussi bien jouer chaque journée qui commence à pile ou face. Puis en quelques mots trouver des explications à ce destin en faisant semblant de croire que nous y sommes pour quelque chose. Remplir d'histoires tout ce vide ne me semble pas une affaire si compliquée. J'ai beau être un grand menteur, je ne suis pas dupe au fond de moi. La seule énigme qu'il me resterait à élucider serait de savoir pourquoi malgré tout je m'obstine de cette manière. Je n'en sais pas plus que les pingouins qui gèlent sur leur banquise. C'est peut-être pas une vie pour eux non plus mais comme ils n'en ont pas d'autre de rechange;... Ils continuent, et moi je fais pareil. Les rues étaient à peu près vides. Même en plein été en dehors de la petite place centrale c'était une sorte de désert passé une certaine heure. La lune luisait à peine comme si elle aussi ressentait la fatigue. Oui je me sentais à plat. Pas physiquement mais je souffrais de ma solitude. Terriblement. Bien plus que durant les nuits sombres et glaciales des hivers dans la montagne avec pas un rond et pratiquement pas de chauffage. Maintenant j'ai déniché quelques bonnes copines pour mes besoins virils. Une bande de rigolos qui oublient jamais de me taper dans le dos. Un boulot et surtout le meilleur des copains même si je ne le vois pas tous les jours et en ce moment il doit avoir un agenda particulièrement chargé. Pourtant je traîne des pieds pour toutes ces raisons en retournant vers ma voiture. En aurais-je jamais assez je voudrais savoir. Moins d'une heure et de nouveau voilà la face du monde qui change. Ce qui me ramène aux fondamentaux. Les hommes se noient dans leurs illusions. Leur sort m'emplit de pitié. Quand au vieux soleil qui demain renaîtra il se moque de leurs souffrances. Son boulot est de s'occuper de la vie. Pas de nos aventures tristes et ridicules. J'ai même beaucoup de mal à croire qu'un Dieu quelconque ait pu imaginer ce que nous sommes réellement. Un pareil mystère m'assomme ou finira par y arriver si je ne me dépêche pas de rentrer me coucher. Remplir le Vide Soudainement ne me Paraît plus si Facile..: Je suis lourd comme une bête mais je suis pressé de rentrer. Alors je finis par accélérer le pas. J'évite donc le trottoir des Champions soupçonnant des groupes toujours à l'intérieur. Je ne me sens pas d'humeur à reprendre la conversation. Puis au moment de traverser le square qui est dans l'ombre je devine une présence sur un banc. La rougeur fugace d'une cigarette dans le noir et une ombre fragile dans ce halo. Je croyais que t'étais rentré.. Me fait une voix qui se révèle être celle de Lou. Qu'est-ce que tu fais là.. Je lui demande en m'approchant. Assieds toi deux minutes.. Elle me fait et se pousse sur le banc de fer. T'en veux une.. Elle me demande avec sa cigarette levée. Non merci.. Qu'est-ce qui ce passe.. Je murmure presque mais je suis si près qu'elle peut m'entendre. Elle tire à nouveau sur la cigarette. J'en avais un peu marre ce soir.. C'est toujours la même chose dans ce bar.. C'est comme un disque qu'on remet tout le temps.. Et par moments ça ne m'amuse plus.. Exactement le soir où j'avais vraiment envie de boire un coup.. Mais ça va pas.. Elle soupire puis se tait et je devine ses jambes découvertes dans l'ombre de l'eucalyptus. Toi aussi t'en avais marre ce soir.. Tu t'es barré.. C'est pas vrai.. Elle ajoute au bout d'une minute durant laquelle j'observais la nuée d'étoiles dans le ciel noir en évitant surtout de réfléchir à la situation. C'est vrai.. Je lui dis alors. Elle soupire et me répète. Je boirais bien un coup et c'est pas un mensonge.. Moi aussi. Je lui fais. T'as une bagnole.. Moi j'en ai pas. Sinon je serais déjà parti ailleurs cette nuit. On peut essayer d'aller ailleurs.. Si ça te dit.. Je proposais la voix tremblante. Je m'étais abstenu de toute réflexion consciente pour en arriver là. Seulement je tremblais de tous mes membres quand nous nous sommes levés. Je priais Dieu pour qu'aucun dans le bar ne nous remarque et vienne tout gâcher. Mais heureusement ma voiture se trouvait à deux pas. Ma Vieille Baleine.. Je démarrais et prenais la direction de la vallée à toute petite vitesse. Je tremblais toujours au point qu'il m'était douloureux de conduire. Je savais qu'une seule solution s'offrait à nous pour être tranquilles. Aller chez moi. Dans mon antre sacré qu'aucune femme n'avait jamais foulé. Un lieu pur comme un ancien sanctuaire. Et dire que j'allais renier le majestueux silence de mon repère avec une sorte de Traînée.. Lou qui n'était pas faite pour inspirer quoi que ce soit. Seulement elle me mettait dans un état pitoyable et pas moyen de me calmer. Ses petites cuisses toutes nues dans l'ombre me rendaient dingues. Elle était jeune, plutôt charmante, et un peu bête. Voilà comment tout se résume. Je dois avoir une bouteille de vin chez moi.. Je lui fis. Ca me va.. Elle répondit. Je n'avais alors qu'à bifurquer au prochain rond point et l'affaire était dans le sac. Je me dis aussi qu'un pareil sacrilège ne pouvait s'accomplir sans un sacrifice digne de ce nom et du grand pardon que cela nécessiterait; Je le sus dans la nuit en poussant la porte d'entrée devant elle. Excuse moi pour le bordel. Je fis mine de supplier. T'en fais pas. Elle ricana. Si tu voyais chez moi.. Tu te poserais pas autant de questions...

     


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    Je passais là une partie de la soirée et finis par me lasser avec l'arrivée d'Esteban je crois. Rentrant de la capitale pour une affaire de famille il se vit accueilli à grands cris par la bande de sots que nous étions. Sans doute qu'il y eut un cri de trop en ce qui me concernait et je me dégageais de tout le groupe qui par une manche où en m'agrippant à la gorge tenta en vain de me retenir. Je partis m'aérer en ville, si on peut l'appeler comme ça, le long de la rivière, passant l'un des deux ponts où je m'attardais. En repartant j'entendis que l'on me hélait et je reconnus la voix de Danielle. Elle semblait aussi contente que moi de ces retrouvailles. Toujours un trouble curieux m'envahit à chacune de nos rencontres. Je me suis bien rendu compte comme je l'observe et embrasse d'une manière particulière. Pourquoi et comment s'y prend-t-elle pour me tenir ainsi à distance. J'ai parfois le sentiment d'avoir une dette qui court entre nous deux. Ce qui ne tient pas debout seulement pas moyen d'effacer la gêne étrange. Elle m'invita à prendre un verre ce qui était rare. Préférant d'habitude filer après nos effusions. Je te vois passer des fois.. Elle me fit. Et pourquoi tu m'appelles pas. Lui demandais-je. Bof.. Je ne sais pas.. T'as l'air occupé en général.. Toi tu me parais vraiment bien, en pleine forme.. . J'affirmais, ce qui était vrai. Je le pensais. Sans être vraiment belle comme je l'ai déjà souligné, c'est une femme sexy. Elle donne envie physiquement. Elle ne provoque pas et il me serait inutile de chercher une explication de ce côté. Mais son corps me fait penser à un fruit mûr qu'il faut s'empresser de savourer avant qu'il ne soit trop tard. Seulement il est merveilleusement sucré au fait de sa maturité. Il est à croquer et je pense que la plus grande partie du mérite reviendrait à ses cuisses. Nous bavardions pendant qu'elle se tenait lascivement la tête très penchée sur la table. J'aime bien cet été. Elle faisait.. Je m'ennuie un peu mais je l'aime bien quand même.. Et qu'est-ce que t'as fais pour tes vacances. Je voulus savoir. Elle renifla. J'en ai pas eu vraiment.. A peine une dizaine de jours.. Je préfère les prendre en plein hiver depuis quelques années.. Peut-être que je vieillis..; C'est drôle. Je lui dis. Oui.. Je sais.. J'aime bien m'arrêter l'hiver.. Et rester au chaud à la maison sans rien faire pendant quelques temps. Je me tus et dans la tiédeur ambiante forcément comme je m'y attendais je la désirais. L'orgueil heureusement m'interdit l'assaut vain et lugubre que réclamait le sexe. Lui est sourd aux convenances. Il ignore la réalité d'un monde civilisé auquel il a bien fallu que je me plie. D'ailleurs je ne voyais rien d'exceptionnel à lui proposer cette nuit encore. Notre histoire ratée avait dessiné une frontière dans mes souvenirs. Pour Danielle je n'éprouvais que du désir. Un désir affectueux émanant d'un souvenir répétitif. Une photo en gros plan sur ses cuisses qui m'avaient allumé une nuit le long de cette rivière justement. Dans un coin d'ombre où en moins d'une minute s'était rejoué toute ma vie. Hasard, baratin, déclin.. Puis on recommence indéfiniment jusqu'à l'extinction des feux. Danielle.. Je lui fais en levant mon regard vers la montagne derrière laquelle rougeoie à peine le vieux soleil mourrant à l'ouest. Je ne suis plus que flammes éteintes le soir quand il s'agit de retrouver la petite mort du sommeil. Moi aussi j'ai peur de la nuit. J'ai perdu non de mes certitudes parce que celles là se sont barrées il y a longtemps, Mais elles valaient pas grand chose alors inutile de pleurer dessus.. j'ai perdu bien plus que ça... L'envie sincère de trouver le repos..; Je lui récite à voix haute et la fais rire avec aussi peu. Pour me remercier elle se saisit de ma main et la relâche; Tant pis;.. Je souffle alors qu'elle fait celle qui n'a rien entendu. Puis je continue mentalement et elle n'aura jamais droit à la suite.. Je suis pire que Jack Elias lui même. Toujours sur la brèche. Juliette m'a brûlé au fer rouge. Je ne serais plus jamais un sage. Et la nouvelle me terrifie. La sagesse à mon âge avec de l'intelligence. C'est une vraie religion. Un objectif sacré. Plus puissant encore. Se voir dépouillé de ça c'est autrement pire que la mort d'un vieux soleil. Qui lui renaît tous les matins. Il a raison Robert et je comprend mieux sa troublante sincérité. Nous allons tous mourir. Et cela n'arrive qu'une fois dans chaque vie. C'est terrible à imaginer. Je ne répétais pas l'erreur avec Danielle de lancer des confettis dans l'air pour voir si elle les rattrapait. Accablé d'images érotiques et passablement faux-jeton comme en haut de la montagne quand elle rognait son cornet de glace à la buvette. J'avais retenu la leçon et clairement il n'y avait rien à espérer. A la fin de cette soirée je me sentais éprouvé. Comme aspergé de sensualité que la tiédeur ambiante avait rendu plus tenace encore. Les molécules plus volatiles qu'à l'accoutumé du fait de la chaleur me rentraient par tous les pores. Cela avait commencé aux Champions et Danielle aux jolies jambes sous mon nez semblait me punir à présent. Mais de quoi donc, et pour quels péchés?. . Personne a jamais pu m'expliquer la faute impardonnable que j'aurais commise. Le mieux était de lever le camp et de rentrer chez moi. Je vais y aller.. Je lui dis.. Et au moins elle leva les yeux. Je pouvais y lire qu'elle m'aimait beaucoup. Sûrement une grosse déception et je suis certain de ne pas me tromper. Mais qu'il ne fallait pas lui en demander plus. Que notre histoire c'était une porcelaine cassée. Un bricoleur pourrait s'amuser à essayer de recoller les morceaux cela n'empêcherait pas qu'elle a été cassée un jour. Ca m'a fait plaisir de te voir.. Elle Me fit.. Et moi donc.. Je lui répondais en l'embrassant. Elle m'entoura les épaules de ses deux bras et enfonça fugacement sa tête dans mon cou. Entre nous ça restera une histoire très spéciale. J'admettais en lui tournant le dos. Je retournais à pieds le long de la rivière. Je me sentais amer...

     


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    Comme tu t'es rendu compte.. Les langues étrangères c'est pas ma spécialité;. Moi c'est dans l'immobilier que je suis spécialiste.. Il faut de tout pour .. Faire un monde.. Je continue à sa place.. Exactement ça.. Conclut-il pompeusement. Puis arborant une mine pointue il rajoute, sauf que déjà je vois son idée se préciser. Mais toi t'as l'air de t'y connaître en English.. Ou je me trompe.. Je ricane et avale une gorgée de bière. Allez crache le morceau.. Qu'est-ce que t'as derrière la tête.. Il se marre là dessus. Je me suis dit que tu pourrais me donner un coup de main avec les anglais.. T'as du temps à toi... C'est ça.. T'as qu'à dire que je fais rien tant que t'y es.. Je le coupais mais loin de s'offusquer il balaya mon indignation d'un geste et poursuivit. ..Et quand je fais une vente je partage ma commission avec toi.. Si je te dis les sommes que ça représente tu vas tomber par terre.;. Ca met vite du beurre dans les épinards crois moi.. Je m'accoude alors sur le comptoir. Tiens l'ami Robert.. Je l'entends s'exclamer dans mon dos. Je te présente mon copain.. Il fait ensuite à ce Robert que je ne connais pas. Celui-ci me tend la main et je devine aussitôt qu'il va rapidement devenir membre à part entière de la communauté. J'apprends dans la conversation et en moins d'une minute qu'il enseignera au collège à la rentrée. A la suite vient l'éternelle question posée à tous ceux qui débarquent par ici. Ca te fais pas Peur de Finir dans ce Trou.. Je m'y colle personnellement et je remarque à cet instant comme je me suis fondu dans le paysage pour de bon. Robert lui se contente d'éclater de rire. Mais c'est bien pour ça que je voulais venir.. Pour oublieeerrrr.. Il hurle presque. Qu'ils y restent là haut au milieu du bruit et qu'ils s'épuisent jusqu'à crever dans leurs embouteillages.. Moi je veux finir ma vie sans qu'on vienne plus jamais me parler de plan de carrière ou de promotion. Je pourrais même me décider à prier pour que le collège d'ici ne soit pas agrandi avant que je parte à la retraite.. Ce que je veux maintenant c'est être tranquille.. Il n'y a pas longtemps j'ai eu une illumination.. J'ai compris pour la première fois qu'on va tous mourir un jour(Encore un je pensais..).. Et le pire c'est que ça m'arrivera même à moi.. Vous vous rendez compte les hommes.. Et depuis ce jour là j'ai décidé de m'adapter à mon destin. Je veux qu'on me laisse tranquille.. Mais surtout.. Que le Temps Aille Moins Vite.. Qu'il Ralentisse une bonne fois pour toute.. La Course Pour Moi.. c'est Fini.. Vous comprenez.. Fichtre.. Lui rétorque Salvador sans pouvoir s'empêcher de siffler. Émerveillé peut-être. Il nous manquait plus qu'un intellectuel dans le coin. Ce qui nous valait bien une nouvelle tournée. Robert venant de brillamment réussir son examen d'entrée. J'aurais du me douter que j'allais oublier mes ultimes obligations de la journée. Dans la soirée le téléphone sonna dans ma poche et je me retrouvais à expliquer à l'imprimeur que malheureusement et malgré mes promesses dures comme du bois, j'avais été retenu. Nous devions revoir ensemble la maquette du bulletin et en vérité je me maudissais d'avoir accepté cette dernière tâche. Échangeant à nouveau un peu plus de moi contre de la menue monnaie. L'imprimeur fit semblant de me croire et ce sujet me parut d'un intérêt suffisant à alimenter une conversation de comptoir avec le nouveau venu. Bénéficiant d'un point de vue clair avec ces deux évènements se juxtaposant j'ai senti que j'avais des munitions pour la soirée. Seulement l'ambiance n'y était pas pour ce qui était de se montrer philosophe. Mais c'est justement ce qui m‘intéressait. La profonde et ridicule incohérence. Batailler ainsi médiocrement dans cette humaine adversité. J'étais bien décidé et au milieu de la rigolade je parvenais à discuter convenablement le sujet avec Robert. Comme ça toi aussi t'en as eu marre.. Je commençais avec une moue qui était toute une invitation. Il se tâta brièvement je crois avant d'y aller. Il souffla profondément et contre toute attente se montra d'une franchise dont je n'aurais pas été capable. La vérité.. C'est que j'en ai marre de tout.. Ma femme, son souvenir plutôt, soyons franc,.. mon boulot.. Les gamins. De tout.;. Je fais pas le poids dans cette vie.. Je suis un vrai paresseux. Tu vois!.. Et dire je pensais que j'étais prêt à en découdre pour que nous puissions nous marrer un peu. J'hésitais sur ce que je pouvais dire après ça. En fait je lui tapais dans le dos un peu comme j'ai appris à faire maintenant avec Salvador. En l'imitant, et j'ai bien essayé de l'égaler dans sa manière plus ou moins faussement désinvolte. Mais Salvador est un dur, un vendeur. Moi je suis incertain par nature, même d'être réellement vivant. Toujours je devrais craindre de me ridiculiser. Donc je l‘imitais à ma façon. Gentiment je dois dire ce qui parut le ravir.. T'es tombé sur le bon endroit.. Tu pouvais pas mieux choisir.. Je fis à Robert qui me fixa de son beau regard d'enfant attendri. Pourtant juste quelques minutes plus tôt je l'avais trouvé un peu trop rigolo à mon goût. Je me méfie depuis toujours des gens trop drôles. Ils ne m'ont jamais eu l'air très honnêtes. Le plus souvent ils cherchent seulement à nous dire qu'ils prennent plus la vie du bon côté que la moyenne. C'est de ça que je me méfie. J'y vois un étalage de force comme un autre. Je n'aime pas les forts. Par expérience je sais qu'au bout de cinq minutes je les connais par cœur. A quoi bon discuter puisque tout est déjà dit. Ma femme s'est barré.. Il me confia à la suite. Fixant son verre tristement vide. Avec mon meilleur copain.;. Je ne sais pas si tu imagines ce que ça représente Dans la Vie d‘un Homme.. .. Alors je crois plus en rien.. On s'en remet pas à mon âge.. Mais c'est pas pour ça que je vais me suicider. Crois moi bien;.. Tu reprends quelque chose;. C'est ma tournée.. Allez j'insiste.. Pour une première fois..; Je vais pas te refuser ça.. Je lui affirmais en me laissant convaincre. Ainsi nous discutâmes quelque peu. Avant qu'enfin sur un ton confidentiel après quelques verres. Il me demanda si au point de vue gonzesses il y avait quelque chose à espérer dans le coin. Je lui répondis que c'était comme partout. Tu connaîtras des hauts et des bas.;. je précisais même en sachant parfaitement ce que je disais avec ces mots. Néanmoins je jugeais qu'il n'irait pas loin sur ce plan. Sans raison précise mais j'y aurais mis ma main au feu...

     

    Dernier Coup de Reins

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    Je suis peut-être descendu de quelques marches depuis mon orgueilleuse solitude mais je ne me sens pas si mal dans la chaleur de cette humanité. Après quoi je tombe sur Martin le berger que je n'avais pas revu depuis un moment. Tu vas où je lui fais en levant le bras à hauteur d'épaule. Comme toi;. Boire un coup. Alors on y va ensemble. C'est logique;. Non.. Une petite demi heure plus tard alors que j'étais debout au comptoir entouré de Mathieu et Lou que je venais d'arroser, Salvador se décide à rappliquer. Il est où Gaby.. Je demandais à Lou à l'instant même. Il est parti deux jours chez sa mère.. Au moins ça le reposera.. Elle me fait avec une grimace. Eh.. Bien.. Vous vous êtes engueulés de nouveau ou quoi.. Bof.. Tu sais;. Gaby.. Un jour il te dira un truc et le lendemain c'est le contraire;. Quand il va revenir il aura déjà tout oublié. Je le connais assez;.. Mathieu dans mon dos ricane toujours conforme à sa nature. Je remarque alors que Lou me colle d'assez prêt au comptoir. Nonobstant qu'elle soit plutôt câline cela me paraît tout de même curieusement chaud. Elle est pas dans son assiette. Je me doute qu'elle écluserait bien quelques verres à la file en discutant de ma vie et de celle des autres histoire de ne pas trop penser à la sienne. Qui a encore envie de se noyer dans ses propres histoires. Un genre de sacrifice passé de mode à notre époque. Je réalise soudain que je me laisserai presque tenter. Son genou frôlant si dangereusement le mien. Mais ce serait une affaire qui risque de me revoir le lendemain avec un goût assez honteux en bouche. Je ne suis pas un chacal et j'ai toujours su où commence l'indignité. Me plait-elle seulement.. Rien de sûr.. Elle n'est pas moche et pas spécialement bête non plus. Malheureusement rien ne brille chez elle. Elle est jeune encore voilà tout. Son seul et unique capital qu'elle brade un peu à tous les vents. Très fragile ce trésor aussi quand je vois comme ça l'épuise. Elle a l'air fatiguée en permanence comme si sa vie pèse un poids abominable. Ce qui donne la mauvaise impression qu'il faudra la porter à un moment ou un autre si on s'y risque. Ce soir elle a soif surtout. Elle se sent seule. Gaby est parti. Elle s'ennuie et se ferait bien boucher ses trous vides pour voir si le temps ainsi ne passerait pas plus vite. Cela ne me regarde pas et serait misérable. Seulement je découvre alors qu'elle me frôle plus délibérément, que la nature parle et elle me fait de l'effet cette jeune idiote. Comme si autour d'elle dans l'air, flottait le vice. Mais oui tout est là je crois. Sa jeunesse fragile qui est son seul argument parvient à me troubler. Très nettement depuis Juliette quelque chose a du muter dans mon métabolisme. J'ai pris un coup de vieux ou un coup de sang. C'est une petite bombe atomique qu'elle m'a fiché dans le ventre. Comme si à mon âge j'avais encore besoin d'un truc pareil. Suis-je bien obligé de constater.. Heureusement je m'y connais un peu dans tout ce qui touche l'âme humaine. Je n'en suis pas maintenant à débloquer à la première jupette qui viendrait me faire un peu de cinéma. Oh.. Tu planes l'artiste?.. Et effectivement j'eus besoin de quelques secondes pour retrouver mes esprits. Je planais, ce qui n'avait pas échappé à Salvador. Puis comme il semblait vouloir me pousser vers un autre bout du comptoir je signifiais à Michael d'en remettre une à Lou. Abandonnant Mathieu pour qui j'avais déjà donné, à Salvador selon certaines conventions que tous les habitués connaissaient et respectaient à peu près. Il y a des fardeaux qu'on était bien obligés de partager. Tu l ‘as acheté quand cette bagnole.. Je lui demandais pensant lui faire plaisir. Il souffla sur la mousse de sa bière ce qui chez lui est devenu un tic avec le premier verre. Je l'ai touché il y à deux jours.. Mais j'en suis content.. Vraiment content.. T'as l'impression de glisser dans l'air.. Il me fit.. Je te la ferais essayer;.. Alors ça s'arrose.. Je m'exclamais. C'est bien pour ça que je te cherchais vieux brigand. Il m‘assura gravement. J'ai pensé à te téléphoner.. Il continua; Mais c'est pas pareil.. Le téléphone c'est bon pour les clients.. Avec les copains.. Il n'y a rien de tel que les retrouver pour boire un coup à l'heure où les loups se rassemblent.. Oh.. M'écriais-je.. C'est beau ce que tu viens de dire.. A la tienne.. Puis il semble se taire et réfléchir. T'as quelque chose à me demander je parie.. Je fais. Ouaih;.. Toujours accompagné d'une grimace la réponse laconique m'apprend que le sujet a son importance. Salvador est ainsi. Assez prévisible. Ce qui en fait un être somme toute rassurant. On va y passer la nuit.. Je m'hasarde néanmoins au bout d'un moment. T'as raison. Il siffle. Voilà.. J'ai un problème...

     

     


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    Je vivais une période assez confortable autour de cette journée. Ne serait-ce déjà que sur le plan matériel. Mais il est vrai que j'ai toujours été peu dépensier. Il me suffisait de payer mon loyer et faire le plein du réservoir, m'offrir quelques verres aux Champions ou plus rarement ailleurs. Manger à ma faim sans que cela soit trop ordinaire mais je reste de toute façon frugal dans ce domaine. J'insiste là dessus pour dire que cela me permettait de conserver cette énergie pour des sujets moins bassement terre à terre. Quoique tout aussi vitaux. Dans mes souvenirs il n'en avait pas toujours été ainsi. La course à la survie m'avait miné une grande partie de l'existence. Me donnant souvent le sentiment que j'aurais pu faire mille choses irremplaçables à la place de tâches qui m'ont bouffé mon temps dans le seul but de gagner le droit de rester en vie. C'est aussi à partir de cette absurdité que je me mis un jour au ralenti. J'entrais en hibernation avec une consommation calorique si faible que quelques croûtons et un toit sur la tête suffirent à assurer la perpétuation de la vie. Un genre de minimum vital que j'avais su heureusement calculer au plus juste. Bon je bénéficiais aussi de l'eau chaude pour la douche et quelques prises électriques qui me donnaient l'illusion d'être encore de ce monde civilisé. Mais plutôt qu'un homme à part entière je ressemblais par moments à une espèce de légume intelligent. Il me suffit pour en avoir la preuve de constater que je ne sais toujours pas ce que va réellement devenir Jack Elias. Pourtant plus que n'importe qui j'ai besoin de savoir. Mon Envie de Vivre est à ce Prix.. D'autant qu'après toutes ces années pratiquement vides, je ne peux pas dire que le temps m'a manqué pour écrire son histoire. Alors pourquoi mon personnage extraordinaire se révéla pour des années complètes aussi sec que moi. Lui aussi vivait au ralenti. Il croyait contempler les étoiles dans la nuit. Son esprit ne voyait d'abord qu'un grand vide le séparant de la lumière tout en haut. Puis ne tire-t-il pas de moi sa vraie Énergie.. Le Soleil pour Dieu.. Le Père pour Dieu.. Le double Ruminant.. Puis parce qu'il me manquait comme je dois bien le reconnaître à présent. Quelques aventures humaines indispensables en guise de carburant.;. D'une histoire à l'autre tout restait bloqué. Je fus surpris par un coup de klaxon pendant que je me garais. Alors vieux frère.. J'entendis de suite après. Je sifflais d'admiration à la vue de la bagnole gris argent qui venait de s'arrêter à ma hauteur en contre-sens. Dis donc mon gars.. C'est carrément Byzance.. Je m'écriais à l'adresse de Salvador qui me tendait le bras au travers de la portière. Ouaih.. Il se contenta de répondre. Elle est à toi. Je lui demandais encore.. Ouaih.. Tu vas où.. Il m'interroge. Et je remarque seulement qu'il transporte des clients. Madame.. Monsieur.. Je me permets.. Hello.. Me répond le type qui garde encore son chapeau sur le crâne. Hello je réplique en prenant l'accent mais je sais par expérience que je devrais éviter d‘en faire trop. Si je maîtrise à peu près le vocabulaire l'accent justement c'est pas mon point fort. Seulement j'adore ce petit plaisir sans réelle valeur. Un nouveau coup de klaxon vient nous interrompre et cette fois c'est un couple de vieux qui aimeraient bien pouvoir continuer leur chemin tranquillement. Je reviens dans un quart d‘heure;. Le temps que je dépose mes invités.. Continue Salvador. Tu m'attends.. Je sais pas.. Je fais; Je voulais passer en coup de vent.. J'ai encore du boulot.. Oh.. Arrête un peu.. C'est toi le plus heureux.. Tu m'attends.. Quoi.. Non mais tu sais.. (agitant un doigt..)Que je te courre derrière en ce moment.. De toute façon t'as rien à dire.. Est-ce que moi je t'ai déjà laissé tomber.. Il se lamente. Me serrant le bras sur la portière pendant que le vieux derrière commence à perdre la boule. Et alors.. Et alors.. Vous êtes gonflé vous;. Il éructe.. Ta gueule le vieux.. Lui fait Salvador qui vient de le repérer dans son rétro. Là je pense qu'en fait d'humanité nous nous dirigeons tous droit vers l'égout. Calme toi;. C‘est un vieux;. Je lui suggère à voix basse. Qu'il aille se faire voir.. Il me réplique ce qui amène l'anglais à éclater de rire comme un imbécile. Le vieux pour sa part commence à klaxonner comme un fou. Calmos là derrière.. Eh pépère.. Y a pas de raison d'être pressé;. Envoie encore Salvador avec une main en entonnoir.. Où est-ce qu'il veut aller ce débris.. A son âge y a que le cimetière qui l'attend.. Cette fois à mon attention et sans doute pour faire marrer un peu plus les anglais qui ont l'air d'apprécier son tempérament. C'est bon... Vas-y.. Je t'attends aux Champions.. Je lui sors soudain en priant que ce soit la bonne formule pour le décider à avancer. Et je ne me suis guère trompé. Salvador balance un geste vague au type qui continue de l'incendier et démarre enfin. Goodbye.. J'entends plus ou moins du côté de l'anglais. Puis sortant de ma voiture qu'enfin j'ai fini de garer je me prends à siffler joyeusement...

     


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