• Tous les Jours de ma Vie (15)

    Bien sûr j'avais le plus naturellement du monde repris le volant, et sans lui demander son avis. Que me vaudrait aussi l'avis d'un Homme en voie d'extinction.. Soyons Honnête là dessus.. J'étais calme et roulais avec une sagesse appliquée. Le soleil rasait la plaine et les reliefs verticaux qui commençaient à se dessiner au loin Là Où Nous Allions.. Un beau soleil comme je les aime, rouge et grandiose, qui rend l'air ambiant tout brillant et poudreux. Brûlant d'Espérance. Foutu de rendre la mort elle même sauvage et mystérieuse, ce qui vaut toujours mieux que la merde pathétique que nous finirons tous par avaler quand ça arrivera. Seulement je sais par expérience et pour en avoir bouffé pratiquement tous les jours de ma vie de cette fameuse merde dont tout le monde parle sans savoir quelle goût elle a en réalité... oui je sais qu'il n'y aura qu'une seule issue et ce sera la même que celle de Raymond et moins héroïque si cela se trouve. Cette réflexion d'une implacable logique consumée, j'éprouvais le bonheur de me laisser aller parce que je n'avais aucun crime sur la conscience à expier à cette heure pas plus que d'arriérés à mes trousses. J'étais pauvre et neuf et de plus re-fringué comme un milord. Comme à l'aube d'une nouvelle vie, et si ça c'est pas le bonheur.. Je pensais en fendant l'air tiède avec l‘esprit légèrement plus vide que d'habitude. Sans pouvoir juger de ce que je devais philosophiquement à Raymond pour cette nouvelle liberté... Vitre baissée je humais des senteurs inaccoutumées, des traces de pollen, le mimosa le long de la route, les cerisiers trop en avance dans leur floraison et d'autres espèces qui déjà fanaient. Des bruits insolites aussi, des sortes de craquement dans les arbres qui balançaient des hanches, et des tirs de fusées dans le ciel qui n'étaient rien que les cris de centaines d'oiseaux faisant la course. Un peu plus tard je me mis à culpabiliser de ne pas me sentir plus affecté que ça par le sort de Raymond. Comme si de me brûler au fer rouge aurait changé quoi que ce soit à son problème. J'en savais un peu plus aussi. A la fin du repas à la brasserie, il avait lâché tout le paquet, tout craché enfin et vidé son sac, alors qu'il s'appliquait à régler son compte à une seconde bouteille de Riesling. Tout seul je dois dire. Je te demande seulement de pas faire de commentaires. Accorde moi ce plaisir. J'y tiens beaucoup. Avait-il précisé en jouant du tambour sur la table de ses ongles gris. J'ai tanné mon toubib, parce que je ne voulais pas finir dans l'ignorance. J'ai toujours vécu debout et je ne veux pas que ça se termine autrement. D'abord le toubib à commencé à me faire le coup classique. Vous vous rappelez il me disait, je vous l'avais dit qu'il fallait se modérer et vous assagir et patin-couffin. Je l'ai arrêté et je l'ai fixé droit dans les yeux. Tout ça c'est du passé docteur, et ça ne m'intéresse pas, vous me donnez combien de temps, j'ai quelques affaires à mettre en ordre, alors soyez direct et clair. Je prendrais tout autre réponse comme un manque de courage de votre part. Pour ne pas dire une insulte à mon égard. Ma voix â dû lui paraître convaincante, il s'est enfoncé dans son fauteuil et la sentence est tombé. D'un coup ... Directe et sans bavure. Normal puisque j'avais insisté. J'allais pas me plaindre; Puis au bout d'un moment quand il m'a vu reprendre des couleurs, il a bien voulu me donner quelques précisions..;. En gros je pourrais si ça me chante faire durer le plaisir, à condition de me tenir à carreaux bien entendu, ce qui veut dire plus une goutte d'alcool, pas une cigarette, et légumes bouillis à volonté. Tu vois un peu le tableau. Mais il ne pourrait s'agir que d'une affaire de cinq ou six mois de répit au grand maximum, et encore. Avec de la Chance... Voilà donc la fourchette avec un changement de régime radical et le traitement de bourrin qu‘il m‘a refilé de toute façon cet enfoiré. J'ai bien réfléchi et je me suis dit que ça vaut pas le coup. Maintenant basta. Le sujet est clos et on ne reviendra plus dessus. Qu'est ce que tu dirais d'un petit dessert pour terminer ce festin... J'aurais voulu lui faire savoir comme je le reconnaissais dans cette histoire et que d'une certaine manière j'étais fier de lui. Pourtant je n'ai rien dit. Suis-je si peu généreux.. Peut-être bien.. Je me suis tu en fixant une petite blondinette à la table dans son dos et qu‘il ne pouvait deviner. Je regrettais à peine de n'avoir médité assez longuement dans mes tristes nuits glaciales. De ne m'être donné suffisamment de mal. De n'avoir atteint le niveau de conscience suffisant pour envisager de le guérir Dans La Réalité...


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