• Un vrai Gars d’Occident (26)

     

    Je méditais aussi et apprenais le Vide. Je devenais Sage.. Parfois.. Mais je n'étais pas un sage. N'ayant pas été conçu pour Ca... Un vrai gars d'occident et je ne le savais que trop ne souffre jamais en silence. Au mieux il fait comme moi et se planque. Mais jamais il Ne se Retire. Il se met à l'abri en sachant parfaitement ce qu'il fait et surtout en attendant mieux. Toutefois il lui arrive de mentir sur le sujet sans qu'on puisse le déclarer coupable; De quoi serait-t-il coupable dans ce monde de dingues.. Jusqu'à ces dernières semaines ou miraculeusement je rencontrais à nouveau des gens vivants et en bonne santé, mon ordinateur fut durant d'assez longues périodes mon dernier lien avec le monde civilisé. Ma télé était en panne depuis longtemps et de toute manière elle me rendait fou. Pour je ne sais quelles exactes raisons à tous moments elle me mettait en rogne et j'écumais de rages aussi inutiles qu'incontrôlables. Mis à part Raymond et des connaissances des environs que je saluais, on ne peut pas dire que je baignais dans l'amitié. Quand j'allais en ville je saluais des gens, je finissais par connaître de vue un peu tout le monde, il m'était difficile aussi d'aller plus loin. En passant devant le marchand de journaux j'oubliais jamais de jeter un coup d'oeil sur les gros titres. Je lisais les affiches placardées sur les murs. Les panneaux de bronze accrochés aux coins des rues ou sur les monuments et qui racontaient l'histoire des murs et des gens au fil des siècles. Sans cesse venant nous rappeler que nous ne serions ni les premiers ni les derniers à infester les lieux. Ainsi filaient les jours, les mois, et les années. Heureusement je continuais à voyager sur les réseaux. A présent je lisais couramment quatre langues, avec ma demi folie et Internet comme seuls professeurs. Je sais que cela peut étonner mais c'est rigoureusement exact. Dans ce désert je voyageais et apprenais à la vitesse de l'électricité qui courait dans les fils reliés à mon cerveau. Je lisais des journaux du monde entier, tenez The Australian par exemple, ou le San Francisco Chronicles, aussi bien que El Mundo et le Corriere, et bien je suivais leurs rubriques pareil que les lecteurs du crû qui achetaient le canard tous les matins en se rendant au boulot. Je finissais par connaître les journalistes, leurs lubies, les manières d'écrire et de penser. Dans un registre différent. J'étais devenu un spécialiste des sites touristiques. Comme ça pour rien, pour le plaisir. A tel point que si l'idée me venait d'ouvrir une agence de voyages, je ne serais pas dépaysé. Je n'avais pas quitté le monde, je me tenais planqué pour mieux le voir tourner dans ce vice aussi innocent et vécu à plein temps.. Mes derniers liens sérieux avec le monde du travail passaient aussi par là. Je m'agrippais aux rares connaissances encore fiables qui dataient de ma vie d'avant, de plus en plus abstraite, et de temps en temps ils me refilaient quelques menus travaux sans grand intérêt mais qui me maintenaient dans l'illusion d'une vie active et garnissaient pour quelques temps le frigo. Je recevais le tout par ma boite, et je rendais la pareille par le même circuit. Ni vu, ni connu, bonjour Monsieur, bonsoir Madame, et à la prochaine. Tout ceci pour dire que je m'émerveillais de retrouver mes réflexes presque intacts et pas le moins du monde grippés et hors d'usage comme je craignais. Je remplissais à nouveau le musée personnel que j'avais commencé à constituer avant même d‘être sorti de l'enfance, là où j'épinglais mes semblables sous prétexte qu‘il me fallait toujours un peu de temps pour bien les comprendre... Comme si les affaires reprenaient je me suis dit. Bonne formule d'ailleurs si l'on considère que ma seule et authentique activité ici-bas, l'unique profession pour laquelle je devrais être rémunéré, est d'avoir orné durant un temps la planète en offrant mon attention aux uns et aux autres que le hasard mettait sur mon chemin.. Quand je me suis retrouvé à plat et à court de tout je n'ai pas hésité une seconde, j'ai pris la tangente, la poudre d'escampette, le maquis, le dernier métro. On a pratiquement plus entendu parler de moi. Je ne suis décidément pas le genre de type à faire des histoires...


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