• Vive La Coloniale (11)

     

    Ca a l'air de bien aller toi. Fit Raymond en m'observant du coin de l'oeil. Oh là. Regarde devant toi. Je répondis du tac au tac tout en posant ma main sur le volant pour le redresser légèrement. Il éclatait de rire, enfin si on pouvait ainsi appeler le gargarisme s'échappant tant bien que mal de la vielle carcasse., qui d'ailleurs sentait déjà fortement le pinard. D'un autre que lui une telle chose m'aurait été tout simplement insupportable juste après le petit déjeuner, mais on ne se voyait pas souvent, et quelques heures en sa compagnie me faisaient l'effet d'un beau feu de cheminée en plein hiver. J'étais tout heureux qu'il ait accepté de m'accompagner au centre commercial situé à une cinquantaine de kilomètres à l'orée de la bande côtière. Je me retrouvais comme un gamin en sa compagnie. D'habitude en cas de besoin il me prêtait son break et restait sagement chez lui à se faire dorloter par Monique, sa bonne grosse femme qui l'adorait et qui essayait dans son dos, en vain de planquer les bouteilles. Mais elle avait aucune chance dans cette guérilla et ne se faisait pas d'illusion. Elle continuait par simple réflexe, et pour meubler le silence quand il n'y avait rien de bon à la télé. Soudain je le vis se crisper à la sortie d'un virage. Merde, il ne manquait plus que ceux là. Il siffla. Nous étions en plein dans le défilé rocailleux où en principe il vaut mieux respecter le cinquante si on tient à sa peau. Devant nous les gendarmes déviaient les voitures après un accident, et nous obligeaient à rouler par alternance sur une seule file. Il nous fallut ralentir puis stopper en attendant que l'autre file passe. Ainsi on se retrouva carrément à la hauteur du gendarme qui réglait la circulation et comme il semblait reconnaître Raymond le type se pencha vers nous pour dire un mot. Il n'y en a pas pour longtemps. Il nous fit. Il y a un camion qui s'est renversé, et on vient de ramasser le chauffeur à la petite cuillère. Il nous dit encore d'un air entendu. Puis je le vis renifler à l'intérieur de la voiture et son visage se transforma. Le flic prit un air franchement désolé. Il se redressa d'un coup comme en colère, mais il se calma aussi rapidement et d'un ton gentil revint s'adresser à Raymond. Tu devrais laisser le volant, Raymond, ou tu préfères qu'on vienne te chercher dans le même état que celui-là. Je vis Raymond devenir encore plus rouge dans la confusion qu'il ne l'était déjà en temps normal sous l‘effet de l‘alcool, et j'étais réellement peiné pour lui. On évita de se regarder. Je crois qu'il a raison, tu devrais conduire, si tu le sens bien sûr. Ca me rendrait service. Il murmura en fixant son pare brise. Je lui balançais un petit coup sur la cuisse. Te biles pas, Entre Nous ça compte pas ce genre de chose. Je pris le volant et Raymond se renfrogna d'une façon inhabituelle dont la signification m'échappait. J'avais jusque là eu le sentiment que tout lui glissait sur la peau comme s'il avait été recouvert d'écailles, et à la limite on s'était déjà bien marré lui et moi sur le sujet. C'était loin d'être un secret honteux et plutôt une réalité humaine que nous prenions en compte sans faire d'histoire; Je me souvenais même d'un jour de champignons où il nous avait fait le coup du poivrot pendant que les cèpes frissonnaient dans la poêle avec le lard et les oeufs. Il n'y a que la bouffe, les femmes, et le vin qui soient de bonnes raisons de vivre. Tout le reste c'est du bidon. Ils peuvent se le met' dans le cul toutes les grosses huiles qui veulent donner des leçons.. Les politicards et tous les autres avec leurs cravates, .. y a que ça qui compte mon gars.. Alors vive la coloniale.. Il faisait d'une voix tonitruante, debout dans la cuisine la bouteille à la main. Moi à la table j'étais plié en deux. Viens par ici ma bibiche que je sente un peu tes gros nichons. Mon cochon tu vas t'en ramasser une. Répliqua cette dernière et qui fut vraiment sans rire à deux doigts de lui donner. A présent je le voyais comme malade et sans le moindre sens de l'humour. Quelque chose ne tournait pas rond...


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