• des péchés imaginaires (13)

    J'avais eu alors cette idée de me retaper à neuf. Cette sensation nouvelle m'était tombé dessus sans que je m'y attende le moins du monde. C'était un peu l'effet du printemps, de la montagne qui devenait à la mode, une sorte de fin de cycle avant le début d'un autre, et aussi les glandes qui fonctionnaient à nouveau et venaient réclamer des arriérés avec la force d'un bâton de dynamite. Ce qui m'était arrivé avec Danielle s'était révélé nettement moins anodin que je ne l'avais soupçonné de prime abord. On pourrait dire que ce fut le réveil d'un volcan. La piètre expérience de cette soirée le long de la rivière. Ce truc ridicule et pas plus intéressant qu'une poussée de fièvre entre les jambes d‘un ado avec trois poils sur le menton, loin de me laisser le goût amer que je craignais, m'avait mis en ébullition. Je n'étais plus que sève et doté d'une imagination qui frôlait parfois l'excès de vitesse. L'idée que durant des années je m'étais vu dans la peau d'un gentil et doux eunuque me semblait soudain définitivement cinglée. Danielle sans le savoir m'avait passablement secoué. L'épisode m'avait ressorti de mon trou à un moment où je me croyais réduit au seul squelette. Je n‘attendais plus grand chose dans cette allure, et c'est bien le cas de le dire. Le matin suivant je m'étais planté devant un miroir pour me livrer non pas à un examen de conscience, parfaitement inutile après des années à ruminer la honte et des péchés imaginaires, mais pour y découvrir un être humain toujours sur pattes et bel et bien vivant. Je m'étais alors décidé à craquer le chèque reçu pour solde de tout compte des voyages andalous pour me rhabiller, et ce n'était pas un luxe. Je finissais par ressembler à un épouvantail pelé, et quoi qu'on en dise, cela ne me rendait pas spécialement romantique. Nous fîmes Raymond et moi le tour de grands hangars dans lesquels on apercevait des dizaines de mètres de portant et des milliers de fringues pendus qui attendaient leur heure comme des peaux de chiens morts. Je trouvai que ça sentait fort la naphtaline et la musique d'ambiance mettait le bourdon. Je vis Raymond qui retrouvait le sourire à me voir essayer des trucs neufs et encore tout raides. Un moment avec une chemise blanche et un jean très foncé je me mis à danser, j'étais sensiblement d'humeur à apprendre le flamenco, et tourner un film dans la foulée. Une sorte d'histoire sentimentale où un type qui me ressemble se barre avec l'héroïne dans la scène finale. Sans cesser de lui peloter le cul en roulant des patins. T'as l'air malin comme ça. Fit Raymond de sa vieille voix traînante. Mais la grosse claque je me la pris en parvenant aux caisses pendant que très sérieusement je me demandai si je n'avais pas perdu la tête. Tout mon fric passait dans ce coup de folie et je me retrouvais raide à nouveau. J'avais vu un peu grand je le savais, pour mes faibles épaules avec les bras chargés de ces boîtes de chaussures et tout le reste. La caisse enregistreuse sembla prise de panique quand ce fut mon tour et n'arrêtait plus d'émettre ses immondes bruits de clochettes. Bling.. bling.. driiing.. Je la fixais comme un fou en me demandant à chaque seconde s'il n'y avait pas un moyen d'abréger le cauchemar parce qu'après tout j'ai toujours prétendu être quelqu'un de réaliste.  Mais je me sentais coincé pour d'innombrables raisons parfaitement identiques à toutes celles qui nous amènent à commettre ces erreurs irréparables que nous semblons voués à répéter jusqu'au dernier souffle. Personnellement je n'ai jamais dû vraiment comprendre pourquoi un et un font deux quand il s'agit de compter. Donc j'attendais le coup de grâce en me répétant que j'avais déjà survécu à cent balles dans la nuque dans des conditions plus ou moins similaires. Au point que une de plus ou de moins n'allait pas changer grand chose à mon destin. Mais avant que j'ai eu le temps d'esquisser un geste pour signer mon arrêt de mort en bas d'un chèque qui n'était rien qu'un bout de papier, Raymond s'était précipité avec un paquet de billets en main et règlait le total de la note qu'avec le coeur battant je découvrais sur l'écran de la caisse enregistreuse. Je devenais à mon tour aussi rouge que lui mais de confusion cette fois et tentai de parlementer. Laisse un peu tomber tes histoires, ça n'a aucune importance, et cherche pas à comprendre. Moi j'ai Pas Besoin de me Rhabiller.. Et il y a du monde qui nous écoute.. Je te signale. Fit-il en me coupant net d'une mine contrariée. Je ne comprenais que trop bien. Nous fîmes aussi ce qu'on appelle benoîtement les courses. Des boîtes de conserve, le pain, les pâtes, les sauces, le fromage, et j'en passe. Tout ce qui est Normalement nécessaire à l'entretien de la carcasse. Raymond qui faisait les siennes de son côté n'oubliait pas le pinard. Il ne faisait plus dans l'économie le vieux, c'était plus maintenant que grands Bordeaux et compagnie. Il était clair que les dernières salves seraient flamboyantes sur notre coin de montagne.Encore une fois il me fit un cadeau royal sous la forme de deux belles bouteilles millésimées et lourdes comme des bombes, une pure folie. Je ne pus éviter une larme au coin de l'œil. Arrête de tirer cette tête d'enterrement. Tu vas me rendre malade pour de bon. Il persifla en me poussant du coude. Durant quelques secondes la vie me sembla moins cruelle que d'habitude, presque à échelle humaine. Ce qui ne dura pas quand je me souvenais qu'elle se refuse à m'expliquer son rapport direct avec la mort et quelques autres calamités de ce niveau. Même si Raymond allait bientôt obtenir une première réponse bien réelle. Ne changeant toujours rien à mon à priori dans la mesure où je ne voyais pas comment il pourrait m'en faire profiter. Heureusement pour moi. Je pensais à voix très basse, mais vraiment en douce...


  • Commentaires

    1
    j'préfère pas
    Mercredi 9 Avril 2008 à 10:24
    ...
    toujours autant
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